Voilà déjà plusieurs mois (pour ne pas dire plus) que je n'ai pas mis à jour mon blogue. Des excuses, j'en ai mais ce sont aussi des prétextes. J'ai mis d'autres travaux en priorité. Aujourd'hui, j'ai quitté mon emploi. On me dit retraité parce que je suis pensionné. Mais qu'est-ce que la retraite?
La retraite c'est d'abord un choix de vie, se choisir. Après plus de dix années dans des fonctions de gestion, je n'avais plus de plaisir à accomplir mes tâches. Ma motivation baissait. Comme j'ai besoin de créer et que la chose devenait de plus en plus complexe dans mon contexte professionnel, j'ai fait le choix de partir. La décision a été mûrie. Je dispose d'une sécurité financière qui assure l'essentiel de mes besoins. J'ai donc le privilège de pouvoir choisir.
Déjà trois fois que je reviens avec le verbe "choisir". Travailler dans une organisation c'est vivre et contribuer à la réalisation des choix que d'autres ont faits. On peut contribuer à la définition des orientations, mais elles ne sont pas nôtres tout comme les moyens. C'est un peu se renier car notre comportement s'ajuste à notre milieu qui a des attentes. Ainsi, moi qui suis plutôt à dominante "interpersonnelle", je me suis ajusté dans le cadre de mon travail ou j'animais des équipes, j'étais un communicateur et un formateur, je valorisais la coopération... autant de manifestations de "l'interpersonnel". Cet ajustement je l'acceptais, mais il induisait un effort important qui à la longue grugeais mon énergie. Cet ajustement a été l'occasion d'apprentissage et aujourd'hui, l'alliance de mes deux intelligences font de moi un bon formateur car je suis à même de préparer un cours et de d'en assurer la prestation. En reprenant ma liberté professionnelle, car ma retraite c'est d'abord cela, j'ai voulu privilégier le plaisir de faire plutôt que l'obligation de faire. En me donnant la possibilité de choisir, j'ai opté pour une vie moins contraignante, d'avoir accès à moins de ressources pécuniaires, mais de vivre en accord avec mes besoins dont celui d'être heureux.
J'ai le privilège de quitter mon emploi avec un revenu assuré. Aujourd'hui cette question fait débat au Québec et ailleurs sur la planète. En France, un élément est pris en compte dans la réflexion, la pénibilité de l'emploi. Occuper un même emploi pendant des décennies mine la personne. Elle a dû s'ajuster à de nombreux changements technologiques ou organisationnels. Ses conditions de travail se sont modifiées au fil des cycles économiques. Le corps est moins disponible, l'esprit vieillit, il est moins efficace mais plus sage. L'humain aspire à un certain apaisement. Le marché du travail n'est pas ajusté à cette réalité, ne la reconnaît pas. Il est question de repousser l'âge de la retraite. Lorsque je porte attention aux discours de ceux qui vont prendre les décisions sur cette question, il me paraît qu'ils sont soit déconnectés de leurs besoins, soit ils défendent des principes qui valorisent le profit ou soit ils ont des ressources qui les mettent à l'abri. Dans tout cela, on néglige la personne qui s'échine depuis plus de vingt ans sans espoir d'un changement qui respecte ses capacités et ses besoins.
J'aurais aimé poursuivre mes activités au service de mon employeur, dans d'autres fonctions, allégées et adaptées. Ce n'était pas possible. Cette situation est celle que connaissent bien des personnes qui font un choix de vie en optant pour la "retraite" qu'ils veulent active: bénévolat, artisanat, consultation, travail à temps partiel, etc... Le débat sur la retraite devrait aussi porter sur la dimension humaine du travail et non seulement sur l'aspect économique des régimes. La productivité serait sans doute accrue si on s'intéressait à l'adaptation du travail au travailleur au fil des âges de la vie.
Écrire, pour moi, c'est une occasion de réfléchir sur ce que je vis. Ce blogue est donc un outil d'élucidation de ma pensée (le lien entre l'intelligence interpersonnelle et l'intelligence linguistique). Au fil des prochaines parutions j'aborderai des thèmes comme la reconnaissance ou le paternalisme. Je vous proposerai quelques chroniques d'humeur sur des sujets comme la défectiologie ou le choix de n'observer que l'ombre des personnes. Je discuterai de certaines tendances de notre société qui consiste à faire des choix à partir d'un seul élément ou de la manipulation de l'opinion publique.
Je suis de retour. Vous trouverez au moins un nouveau texte par semaine... En passant, un blogue, c'est aussi une occasion de dialogue, par conséquent, il me fera plaisir de lire vos commentaires.
Ce blogue est un complément du site multintelligents.info. Il traite de différents sujets liés à l'intelligence humaine et à ses manifestations au quotidien. L'auteur des textes est Jacques Belleau.
samedi 6 septembre 2014
mercredi 2 janvier 2013
QUAND L'INTELLIGENCE LOGICO-MATHÉMATIQUE DOMINE
Notre société vit sous la domination de l'intelligence logico-mathématique. L'humain occidental standardise, normalise et mesure tout dans une perspective d'uniformisation. Cette numérisation du quotidien donne l'illusion de le comprendre, voire de le maîtriser. Elle génère une déculpabilisation justifiant l'inaction. C'est la conséquence de la "moyenne" ou des regroupements en strates qui finissent toujours par offrir une justification à un comportement. Or ces groupements sont des généralisations statistiques qui n'ont aucune correspondance dans le réel tout en fondant ou en servant à justifier de nombreuses décisions de nos gouvernements.
Notre société est binaire. Ce qui n'est pas blanc est noir, celui qui n'est pas pour est contre, tu es de gauche ou de droite, le centre lui-même se teinte de ces nuances. Notre société vit de ces rapports de force. Les plus nombreux, les plus influents, les plus insistants et surtout ceux qui en ont plus que les autres dominent. L'étude de la répartition de la richesse met en évidence un écart de plus en plus important entre les riches et les autres qui rêvent de la richesse des premiers pour ce qu'elle permet, qui se donnent l'illusion de cette richesse de différentes manières.
Notre société adore les superlatifs. Tout est toujours plus grand, plus gros ou plus important. Les emballages enflent générant du suremballage. On nous propose 30% de plus d'un produit, une réduction de 10% à 50% ou d'obtenir un second produit à l'achat d'un premier. Certaines chaînes de magasins ont fait une spécialité de la mise en marché de produits en grandes quantités ou en formats "familiaux". On achète juste au cas, parce que ce n'est pas cher, du moins en apparence. L'humain se mue en écureuil. Il accumule et finit par oublier et ranger. Le besoin réel lié à la subsistance ou au quotidien n'existe plus. La consommation est valorisée comme mécanisme de compensation à la dureté du travail, à sa pénibleté. On travaille non pas pour se réaliser, pour se sentir utile, mais bien pour avoir les moyens de s'offrir des vacances, une automobile de luxe ou différents autres biens. Tout devient objet de consommation. L'éducation ou la santé n'échappent plus à cela. Les écoles et les hôpitaux font l'objet d'un classement qui repose moins sur la réponse aux besoins que sur une performance normalisée, standardisée ou attendue. Cette logique de mesure se nourrit de plans stratégiques, d'indicateurs de rendement ou de méthodes ou systèmes visant une plus grande productivité, un meilleur rendement. L'ingénierie ou la réingénierie ont la cote.
Notre société, dans sa dérive du quantitatif mesure tout même ce qui ce l'est pas. On évalue la condition physique d'une personne sur la base de standards et non pas de l'adéquation de la personne à son environnement, à son occupation voire à l'aune de sa génétique. On évalue "l'intelligence" ou le "quotient intellectuel" alors qu'on commence seulement à comprendre le fonctionnement de l'intelligence. En fait, l'humain en est arrivé à nier son intuition, ses émotions et ses besoins au profit d'un comportement qui semble découler d'une rationalité ou d'une logique relevant d'un dénominateur commun. Pourtant, la logique d'une personne est rarement identique à celle d'une autre, car, si cela était vrai il n'y aurait qu'une seule et unique réponse à toutes les questions que les humains se posent.
Notre société est intoxiquée par une surdose d'information qui anesthésie le cerveau. D'une part on valorise le moindre effort, mais on dénonce l'épidémie d'obésité. À force de vouloir prévenir la maladie et réduire les coûts de santé, on propose à certaines femmes susceptibles d'être atteintes d'un certain type de cancer d'accepter l'ablation des seins. Celui qui n'est pas vu ou pris est innocent, celui qui n'avoue pas, qui se tait, qui se cache ou qui se conforme est innocent. La morale propre à l'être humain qui devrait être témoin de son essence où est-elle?
Notre société valorise l'hémisphère gauche de notre cerveau qui méthodique et rationnel, logique, analytique ou séquentiel. Autant d'éléments caractérisant l'intelligence logico-mathématique. Le cerveau droit est qualifié de primitif ou d'instinctif parce qu'il traite les émotions et que son mode de fonctionnement est non linéaire et qu'il ne se soucie pas du temps. Ces caractéristiques du cerveau droit sont évidemment antinomiques avec la pensée dominante au sein de notre société. Or, en niant le rôle du cerveau droit, notre société perd de vue que notre cerveau traite l'information en exploitant les deux hémisphères et que l'action humaine repose sur cette spécificité.
Notre société est binaire. Ce qui n'est pas blanc est noir, celui qui n'est pas pour est contre, tu es de gauche ou de droite, le centre lui-même se teinte de ces nuances. Notre société vit de ces rapports de force. Les plus nombreux, les plus influents, les plus insistants et surtout ceux qui en ont plus que les autres dominent. L'étude de la répartition de la richesse met en évidence un écart de plus en plus important entre les riches et les autres qui rêvent de la richesse des premiers pour ce qu'elle permet, qui se donnent l'illusion de cette richesse de différentes manières.
Notre société adore les superlatifs. Tout est toujours plus grand, plus gros ou plus important. Les emballages enflent générant du suremballage. On nous propose 30% de plus d'un produit, une réduction de 10% à 50% ou d'obtenir un second produit à l'achat d'un premier. Certaines chaînes de magasins ont fait une spécialité de la mise en marché de produits en grandes quantités ou en formats "familiaux". On achète juste au cas, parce que ce n'est pas cher, du moins en apparence. L'humain se mue en écureuil. Il accumule et finit par oublier et ranger. Le besoin réel lié à la subsistance ou au quotidien n'existe plus. La consommation est valorisée comme mécanisme de compensation à la dureté du travail, à sa pénibleté. On travaille non pas pour se réaliser, pour se sentir utile, mais bien pour avoir les moyens de s'offrir des vacances, une automobile de luxe ou différents autres biens. Tout devient objet de consommation. L'éducation ou la santé n'échappent plus à cela. Les écoles et les hôpitaux font l'objet d'un classement qui repose moins sur la réponse aux besoins que sur une performance normalisée, standardisée ou attendue. Cette logique de mesure se nourrit de plans stratégiques, d'indicateurs de rendement ou de méthodes ou systèmes visant une plus grande productivité, un meilleur rendement. L'ingénierie ou la réingénierie ont la cote.
Notre société, dans sa dérive du quantitatif mesure tout même ce qui ce l'est pas. On évalue la condition physique d'une personne sur la base de standards et non pas de l'adéquation de la personne à son environnement, à son occupation voire à l'aune de sa génétique. On évalue "l'intelligence" ou le "quotient intellectuel" alors qu'on commence seulement à comprendre le fonctionnement de l'intelligence. En fait, l'humain en est arrivé à nier son intuition, ses émotions et ses besoins au profit d'un comportement qui semble découler d'une rationalité ou d'une logique relevant d'un dénominateur commun. Pourtant, la logique d'une personne est rarement identique à celle d'une autre, car, si cela était vrai il n'y aurait qu'une seule et unique réponse à toutes les questions que les humains se posent.
Notre société est intoxiquée par une surdose d'information qui anesthésie le cerveau. D'une part on valorise le moindre effort, mais on dénonce l'épidémie d'obésité. À force de vouloir prévenir la maladie et réduire les coûts de santé, on propose à certaines femmes susceptibles d'être atteintes d'un certain type de cancer d'accepter l'ablation des seins. Celui qui n'est pas vu ou pris est innocent, celui qui n'avoue pas, qui se tait, qui se cache ou qui se conforme est innocent. La morale propre à l'être humain qui devrait être témoin de son essence où est-elle?
Notre société valorise l'hémisphère gauche de notre cerveau qui méthodique et rationnel, logique, analytique ou séquentiel. Autant d'éléments caractérisant l'intelligence logico-mathématique. Le cerveau droit est qualifié de primitif ou d'instinctif parce qu'il traite les émotions et que son mode de fonctionnement est non linéaire et qu'il ne se soucie pas du temps. Ces caractéristiques du cerveau droit sont évidemment antinomiques avec la pensée dominante au sein de notre société. Or, en niant le rôle du cerveau droit, notre société perd de vue que notre cerveau traite l'information en exploitant les deux hémisphères et que l'action humaine repose sur cette spécificité.
Libellés :
Intelligence Logico-mathématique Société
Pays/territoire :
Vanier, QC, Canada
samedi 29 décembre 2012
SCIENCES ET SOCIÉTÉS
Il y a quelques semaines un tribunal italien reconnaissait que des scientifiques pouvaient être poursuivis parce qu'ils n'avaient pu prédire correctement un tremblement de terre. La chose a de quoi surprendre à priori, mais, à bien y penser, est-ce si surprenant que cela? Comment se surprendre devant la négation par bien des personnes de l'effet de l'activité humaine sur les changements climatiques?
En fait, je crois que l'explication réside en partie dans l'image que l'on veut donner de la science afin de la valoriser au détriment des autres activités humaines. La science semble être la source du développement de l'humanité. En effet, à force de tout vouloir expliquer, calculer, prédire, prévoir, la science se trouve confrontée à elle-même. En fait, notre société semble gouverner par un credo logico-mathématique au sein duquel la logique et le numérique occupent toute la place occultant toute autre manière de voir le monde.
L'humain veut comprendre ce qui l'entoure, l'expliquer. Or, son savoir est limité et ses explications sont souvent des hypothèses plus que des vérités qu'on nous assène pourtant comme telles. En fait, le savoir est neutre, c'est ce l'humain en fait qui importe. Les vrais scientifiques vivent dans le doute et seront toujours hésitants à affirmer que l'information dont ils disposent est complète et définitive. Ils connaissent trop les limites de leur travail pour être aussi affirmatifs. Parce qu'ils doutent, ces personnes ne font pas la première page des médias. Ce sont les autres, ceux qui oublient que leurs travaux ont des limites, qui causent du tort à la science en présentant des vérités qui n'en sont pas.
Pendant une grande partie du dernier siècle, la science a occupé le haut du pavé. Aujourd'hui, la science est questionnée, l'humain doute de la vérité scientifique. L'alliance de la science avec les impératifs économiques du financement de la recherche a créé un mélange explosif qui fait en sorte que l'on se retrouve avec deux discours scientifiques qu'il est bien difficile de distinguer et de critiquer. Les exemples de demies-vérité scientifique sont multiples tout comme les effets négatifs de certaines recherches menées sans réflexion éthique au nom de la science sans aucun souci pour l'utilité ou l'impact des résultats sur les personnes.
La science est nécessaire. La question qui se pose est celle du soutien à la recherche. C'est vrai pour toutes les formes de prospection des différentes dimensions de notre univers physique, social ou biologique. L'inféodation à un soutien financier (quel qu'il soit) crée une dépendance qui oriente consciemment ou inconsciemment le travail. Un chercheur livrera-t-il des résultats qui nuiront à son commanditaire? Poser la question c'est y répondre.
La science doit se redéfinir pour reprendre sa place dans nos sources d'explications. Elle ne peut être la seule et elle doit faire place aux autres disciplines, par exemple les sciences humaines, afin de proposer une perspective plus cohérente de la réalité de notre monde et de notre univers.
En fait, je crois que l'explication réside en partie dans l'image que l'on veut donner de la science afin de la valoriser au détriment des autres activités humaines. La science semble être la source du développement de l'humanité. En effet, à force de tout vouloir expliquer, calculer, prédire, prévoir, la science se trouve confrontée à elle-même. En fait, notre société semble gouverner par un credo logico-mathématique au sein duquel la logique et le numérique occupent toute la place occultant toute autre manière de voir le monde.
L'humain veut comprendre ce qui l'entoure, l'expliquer. Or, son savoir est limité et ses explications sont souvent des hypothèses plus que des vérités qu'on nous assène pourtant comme telles. En fait, le savoir est neutre, c'est ce l'humain en fait qui importe. Les vrais scientifiques vivent dans le doute et seront toujours hésitants à affirmer que l'information dont ils disposent est complète et définitive. Ils connaissent trop les limites de leur travail pour être aussi affirmatifs. Parce qu'ils doutent, ces personnes ne font pas la première page des médias. Ce sont les autres, ceux qui oublient que leurs travaux ont des limites, qui causent du tort à la science en présentant des vérités qui n'en sont pas.
Pendant une grande partie du dernier siècle, la science a occupé le haut du pavé. Aujourd'hui, la science est questionnée, l'humain doute de la vérité scientifique. L'alliance de la science avec les impératifs économiques du financement de la recherche a créé un mélange explosif qui fait en sorte que l'on se retrouve avec deux discours scientifiques qu'il est bien difficile de distinguer et de critiquer. Les exemples de demies-vérité scientifique sont multiples tout comme les effets négatifs de certaines recherches menées sans réflexion éthique au nom de la science sans aucun souci pour l'utilité ou l'impact des résultats sur les personnes.
La science est nécessaire. La question qui se pose est celle du soutien à la recherche. C'est vrai pour toutes les formes de prospection des différentes dimensions de notre univers physique, social ou biologique. L'inféodation à un soutien financier (quel qu'il soit) crée une dépendance qui oriente consciemment ou inconsciemment le travail. Un chercheur livrera-t-il des résultats qui nuiront à son commanditaire? Poser la question c'est y répondre.
La science doit se redéfinir pour reprendre sa place dans nos sources d'explications. Elle ne peut être la seule et elle doit faire place aux autres disciplines, par exemple les sciences humaines, afin de proposer une perspective plus cohérente de la réalité de notre monde et de notre univers.
dimanche 14 octobre 2012
Évaluer les attitudes
L’évaluation des attitudes pose
des difficultés à bien des professeurs. Les objectifs ont beau être clairs, les
standards précis, la chose demeure complexe. Comment expliquer cela? En fait,
la réponse réside dans les acquis mêmes des évaluateurs.
Partons d’une situation
d’évaluation simple. Les professeurs n’éprouvent habituellement pas de
difficultés à évaluer des apprentissages disciplinaires. Lorsqu’il est question
d’évaluer la qualité du français, plusieurs produisent des évaluations fondées
alors que d’autres se contentent d’évaluation plus limitée. Que se passe-t-il?
Le professeur évalue en fonction de son propre niveau de maîtrise de la
matière. Cela signifie qu’il détient un niveau de compétence qui va au-delà des
bases. Il en maîtrise le langage, les règles. La différence est là.
En mathématique, par exemple, le
langage est celui des nombres et les règles qui s’appliquent sont celles des
conventions établies. Tant qu’une personne n’a pas atteint un certain niveau de
maîtrise du langage et des règles, elle ne peut évaluer convenablement. Elle
peut aisément indiquer que la personne n’a pas donné la réponse attendue, dans
la mesure ou il en dispose. Mais évaluer ce n’est pas cela, c’est juger. Juger
signifie que l’évaluateur va réaliser une observation, qu’il va suivre la
démarche afin d’être en mesure d’émettre un jugement, mais, aussi et surtout,
dans le contexte d’une relation d’apprentissage, de pouvoir faire une
rétroaction à l’élève.
Il en est de même pour
l’évaluation de la qualité du français. Comment une personne peut-elle évaluer
un objet qu’elle ne perçoit pas, qu’elle ne détecte pas? Si l’observation de
certaines règles de base (par exemple le pluriel des noms propres) est à la
portée de la plupart des gens, il n’en est pas de même de certaines autres,
plus complexes. Si ces règles ne
sont pas acquises par l’évaluateur il peut soit laisser passer une erreur, soit
méjuger une situation correcte et la pénaliser. Dans un cas comme dans l’autre,
l’élève est pénalisé.
On conviendra que dans les deux
exemples qui précèdent, l’évaluateur a atteint un certain niveau de littératie
qui le prépare à sa tâche. Ce niveau qui pourrait facilement être établi pour
un ordre d’enseignement donné implique une maîtrise de la langue et de ses
règles.
L’évaluation des savoir-être
répond au même modèle. Ce que l’on observe, c’est que les professeurs sont
d’excellents praticiens. Ils maîtrisent les attitudes requises, ils sont aptes
à les mettre en pratique, mais lorsque vient le moment de les évaluer, ils sont
confrontés au langage et à ses règles spécifiques. Ils n’ont pas développé un
niveau de littératie suffisant pour évaluer.
Les savoir-être ont leurs propres
taxonomies (Krathwhol par exemple) qui sont fort répandues. Les attitudes sont
liées à des comportements, à l’interpersonnel, et sont conditionnées, en tout
ou en partie, par la personne, son intrapersonnel. Howard Gardner, dans son
cadre de référence sur l’intelligence, identifie l’intrapersonnel et
l’interpersonnel comme deux intelligences distinctes que chaque humain a la
capacité de développer. Pour Gardner, ces deux intelligences ont leur propre
langage et règles. Or, contrairement aux autres intelligences décrites par
Gardner, par exemple l’intelligence linguistique ou l’intelligence
logico-mathémathique, l’enseignement du langage propre à ces deux intelligences
ne fait pas partie des prescriptions des systèmes scolaires. Ils y apparaissent
à titre transversal ce qui signifie que l’acquisition de ces compétences se
fait en concomitance avec d’autres, mais qu’elles sont peu ou pas évaluées.
Comment les personnes peuvent-elles développer leurs compétences dans ce
contexte?
Une partie du langage spécifique
à ces deux intelligences est lié aux émotions, ce qui a amené Daniel Goleman à regrouper
les deux sous le vocale d’intelligence émotionnelle. Lorsqu’il est question des
émotions, force nous est de constater qu’une majorité de personnes sont à tout
le moins analphabètes sinon illettrées. Qu’est-ce que cela signifie? Cela veut
dire qu’une majorité de personnes sont tout juste aptes à décoder les émotions
sans pour autant pouvoir vraiment tirer profit de ces informations.
Pourriez-vous répondre aux
questions suivantes :
Ø Croyez-vous
que chaque être humain a son propre tempérament qui détermine en tout ou en
partie son comportement?[1]
Ø Combien
d’émotions un être humain peut-il exprimer?[2]
Pour enseigner les attitudes et
les évaluer, il faut être en mesure de les objectiver, c’est-à-dire d’être en
mesure de l’expliquer en termes clairs, concrets et compréhensibles, d’en
témoigner des manifestations, des composantes et de les contextualiser.
Dans le cas qui nous occupe, cela
signifie qu’un professeur devrait être en mesure d’évaluer la dimension non
verbale et verbale d’une situation donnée afin d’en dégager les attitudes et de
les comparer à une norme ou à un standard attendu. Ainsi, par exemple, il
devrait observer et en faire une synthèse:
- L’expression
orale, notamment les termes utilisés, l’intonation (prosodie);
- L’expression
faciale, non seulement les émotions, mais aussi les micros expressions;
- L’expression
corporelle, par exemple la nature des gestes (référence à la synergologie), le
caractère des gestes (brusqueries ou douceur).
On conviendra que bien peu de
personnes sont aptes à réaliser de telles observations. Or, ces trois
dimensions ne sauraient couvrir toute l’étendue de l’évaluation des attitudes.
L’évaluation des attitudes
implique qu’un professeur développe ses compétences dans la compréhension du
langage des attitudes. Qu’il passe du niveau de praticien à celui d’observateur
apte à décomposer les situations et à identifier, dans le contexte d’une
situation d’apprentissage, les éléments positifs, ceux requérant une attention
particulière méritant un effort de ceux qui sont encore à développer.
[1] Le tempérament fait référence aux caractéristiques individuelles, dont
la base serait biologique (génétique + facteurs prénataux et périnataux), qui
déterminent les réactions affectives, attentionnelles et motrices dans diverses
situations.
[2] En fait, il y a six émotions de base que soient
universelles caractérisées par une expression faciale particulière. Ces
émotions sont : la surprise, la colère, le dégoût, la tristesse, la peur
et la joie.
lundi 21 mai 2012
GÉRER LE CHANGEMENT
Le gouvernement québécois ne gère pas la crise avec les étudiants, il gère des relations publiques, son image. La différence est grande et évidente. Cela explique pourquoi la situation s'envenime.
Les gouvernements tendent de plus en plus vers ce mode de gestion qui s'appuie sur une opinion publique satisfaite, du moins largement satisfaite et qu'il s'emploie à manipuler à l'aide des médias qui n'ont plus guère de sens critique.
Le gouvernement du Québec a annoncé dans un budget précédent son intention d'augmenter les droits de scolarité. A-t-il entrepris de gérer ce changement? La réponse est non, s'il l'avait fait, il n'y aurait pas eu de crise. Soit il aurait amené les jeunes à adhérer à sa politique, soit il y aurait eu un compromis voire le maintien du statu quo.
Quel est le rôle d'un ministre voire d'un premier ministre? C'est un rôle de gestion, mais une gestion stratégique, une gestion qui regarde en avant, qui prévoit, qui organise. Est-ce que nos élus jouent ce rôle? La réponse est évidente. Un tel gâchis mériterait à un étudiant un échec. Mais eux vont se mériter un gros salaire, une belle pension et un poste pépère de prête-nom afin de cacher leur incompétence.
Le plus surprenant dans tout cela c'est qu'on ne pose pas la question. Pourquoi en sommes-nous arrivés là? Ce n'est pas la faute des étudiants qui n'ont aucun pouvoir. Nos dirigeants ne font pas leur travail. Ils délèguent le problème à des fonctionnaires ou des responsables scolaires qui n'ont pas le pouvoir ou la légitimité requise pour régler la situation. Une injonction est émise. au directeur général d'agir. Que peut-il faire? Ses gestes vont envenimer la crise, il le sait. Mais, il n'a pas le choix, car la loi ne se permet pas ce genre de réflexion.
D'une manière assez surprenante, nous en sommes rendus à nous faire dire qu'il ne faut pas manifester, mais bien attendre et mettre le gouvernement dehors lors des élections. Un tel discours est ridicule. Cela revient à dire que le peuple n'a plus à s'exprimer entre les élections. Un gouvernement élu "démocratiquement" peut faire ce qu'il veut! Ailleurs sur la planète on parle de dictature pour de telles situations. Nous sommes manipulés, en sommes-nous conscients?
Les gouvernements tendent de plus en plus vers ce mode de gestion qui s'appuie sur une opinion publique satisfaite, du moins largement satisfaite et qu'il s'emploie à manipuler à l'aide des médias qui n'ont plus guère de sens critique.
Le gouvernement du Québec a annoncé dans un budget précédent son intention d'augmenter les droits de scolarité. A-t-il entrepris de gérer ce changement? La réponse est non, s'il l'avait fait, il n'y aurait pas eu de crise. Soit il aurait amené les jeunes à adhérer à sa politique, soit il y aurait eu un compromis voire le maintien du statu quo.
Quel est le rôle d'un ministre voire d'un premier ministre? C'est un rôle de gestion, mais une gestion stratégique, une gestion qui regarde en avant, qui prévoit, qui organise. Est-ce que nos élus jouent ce rôle? La réponse est évidente. Un tel gâchis mériterait à un étudiant un échec. Mais eux vont se mériter un gros salaire, une belle pension et un poste pépère de prête-nom afin de cacher leur incompétence.
Le plus surprenant dans tout cela c'est qu'on ne pose pas la question. Pourquoi en sommes-nous arrivés là? Ce n'est pas la faute des étudiants qui n'ont aucun pouvoir. Nos dirigeants ne font pas leur travail. Ils délèguent le problème à des fonctionnaires ou des responsables scolaires qui n'ont pas le pouvoir ou la légitimité requise pour régler la situation. Une injonction est émise. au directeur général d'agir. Que peut-il faire? Ses gestes vont envenimer la crise, il le sait. Mais, il n'a pas le choix, car la loi ne se permet pas ce genre de réflexion.
D'une manière assez surprenante, nous en sommes rendus à nous faire dire qu'il ne faut pas manifester, mais bien attendre et mettre le gouvernement dehors lors des élections. Un tel discours est ridicule. Cela revient à dire que le peuple n'a plus à s'exprimer entre les élections. Un gouvernement élu "démocratiquement" peut faire ce qu'il veut! Ailleurs sur la planète on parle de dictature pour de telles situations. Nous sommes manipulés, en sommes-nous conscients?
Libellés :
Société
Pays/territoire :
700-702 Rue Marie Brière, Québec, QC G1M 4A3, Canada
UNE MUTATION CULTURELLE
La crise sociale se poursuit et personne ne peut en prédire l'issue. Une loi a été votée afin de tenter de mater la grogne étudiante. L'effet obtenu est évidemment le contraire de celui attendu. La population ne prend pas parti, elle en a juste ras le bol des manifestations incessantes. À travers tout cela, les médias jouent leur rôle de "haut-parleur". Ils amplifient le discours du gouvernement qui ne parle pas du fond de la question, mais de la forme. Ils contribuent au détournement de sens.
Le problème de l'accessibilité est fondamental et culturel. On tend à l'oublier. La société québécoise est fondamentalement égalitaire. Peuple de paysans, d'artisans et d'ouvriers, ce n'est qu'au milieu du XXe siècle que notre société s'est ouverte sur le monde en se donnant des institutions dont le rôle était justement celui de la construction d'une société égalitaire. Les grandes réformes sociales reposent sur cela. Si tous étaient égaux auparavant, tous devaient le demeurer dans l'effort de modernisation de notre société.
L'ouverture sur le monde a permis à une génération de québécois de confronter leurs valeurs à celles des autres. Vers la fin du siècle dernier, la tendance a vouloir remettre en cause le modèle égalitaire a commencé à émerger. Il est aujourd'hui très fort et porté par une élite qui tient à avoir certains privilèges qu'elle a pu observer ailleurs.
D'une société de l'interpersonnel et de l'intrapersonnel, nous mutons vers un modèle logico-mathématique et visuospatial. Le pouvoir de l'argent et les apparences prennent la place. La crise actuelle est en fait un élément dans cette tendance, un choc entre deux visions du monde. D'un coté les "élites" qui prônent la "méritocratie" et de l'autre les jeunes qui valorisent "l'égalité". Choc des générations, fracture sociale, crise des valeurs, les mots pour désigner la chose ne manquent pas. Tant que nous ne prendrons pas conscience de cela, il est probable que la chose ne se règlera pas. Il y aura peut-être une accalmie, mais la crise reprendra.
Ici ce sont nos étudiants, ailleurs ce sont des jeunes "indignés". Le problème est le même, ce qui a déclenché la crise est différent, là-bas le chômage ici une remise en question d'un acquis. La solution ne sera pas simple à trouver et ce n'est pas une loi, dans des discours portant sur la démocratie, la justice et le droit qu'on trouvera la réponse. Le mal est profond, très profond et les excès des uns créent un profond malaise.
Le problème de l'accessibilité est fondamental et culturel. On tend à l'oublier. La société québécoise est fondamentalement égalitaire. Peuple de paysans, d'artisans et d'ouvriers, ce n'est qu'au milieu du XXe siècle que notre société s'est ouverte sur le monde en se donnant des institutions dont le rôle était justement celui de la construction d'une société égalitaire. Les grandes réformes sociales reposent sur cela. Si tous étaient égaux auparavant, tous devaient le demeurer dans l'effort de modernisation de notre société.
L'ouverture sur le monde a permis à une génération de québécois de confronter leurs valeurs à celles des autres. Vers la fin du siècle dernier, la tendance a vouloir remettre en cause le modèle égalitaire a commencé à émerger. Il est aujourd'hui très fort et porté par une élite qui tient à avoir certains privilèges qu'elle a pu observer ailleurs.
D'une société de l'interpersonnel et de l'intrapersonnel, nous mutons vers un modèle logico-mathématique et visuospatial. Le pouvoir de l'argent et les apparences prennent la place. La crise actuelle est en fait un élément dans cette tendance, un choc entre deux visions du monde. D'un coté les "élites" qui prônent la "méritocratie" et de l'autre les jeunes qui valorisent "l'égalité". Choc des générations, fracture sociale, crise des valeurs, les mots pour désigner la chose ne manquent pas. Tant que nous ne prendrons pas conscience de cela, il est probable que la chose ne se règlera pas. Il y aura peut-être une accalmie, mais la crise reprendra.
Ici ce sont nos étudiants, ailleurs ce sont des jeunes "indignés". Le problème est le même, ce qui a déclenché la crise est différent, là-bas le chômage ici une remise en question d'un acquis. La solution ne sera pas simple à trouver et ce n'est pas une loi, dans des discours portant sur la démocratie, la justice et le droit qu'on trouvera la réponse. Le mal est profond, très profond et les excès des uns créent un profond malaise.
mardi 15 mai 2012
INTELLECT versus ÉMOTION
J'ai mis bien des jours à décider de me lancer. J'hésitais sans trop savoir pourquoi. Un jour j'y croyais, le lendemain non. J'étais confiant, puis les craintes revenaient. Quoi qu'il en soit, au dernier moment, j'ai posé le geste et j'ai expédié le message soumettant ma candidature. Deux jours plus tard, je recevais un appel me convoquant en entrevue. J'avoue que j'aurais été déçu qu'on ne me convoque pas. Comme je devais passer un test et que j'avais omis de demander de quoi il s'agissait, j'ai imaginé que ce serait un test de français et j'ai donc potassé ma grammaire une bonne partie de mon dimanche. Ces exercices m'ont évité de penser à l'entrevue.
Lundi matin, je découvre que le test est en en fait un texte d'opinion. Rien de bien difficile. Une heure plus tard, je termine un texte qui me satisfait. Je passe la journée à mes occupations habituelles. Mon rendez-vous étant tard, je profite du début de soirée afin de préparer mon entrevue. Je prends appui sur un canevas classique afin de prévoir les questions et m'y préparer. Il y a du retard et j'entre en entrevue vingt minutes après l'heure prévue.
Le Comité comprend cinq personnes, trois me connaissent depuis longtemps et deux autres vont me découvrir. La forme d'entrevue me déjoue. C'est un dialogue avec une seule personne. Une autre intervient à l'occasion afin de me demander des précisions. Comme cette personne me connaît bien, j'interprète ses interventions comme une invitation à en dire plus. Cela me déstabilise, mes réponses sont-elles incomplètes?
Je commence à perdre pied. Les réponses que je donne à certaines questions sont, à mon avis, ridicules et témoignent d'une bonne méconnaissance du rôle et des responsabilités, alors que c'est tout le contraire dans les faits. Je constate que, globalement, mes réponses tendent à tourner autour d'une seule réalité, un peu comme si je ne voyais qu'un arbre alors qu'il y a une forêt. Plus l'entrevue avance, plus j'ai l'impression d'être ridicule. On me tend des perches et au lieu de les prendre et de m'en servir à mon profit, je passe à côté. Je rate des occasions de me rattraper.
L'entrevue dure un peu moins d'une heure alors qu'on m'avait annoncé trente minutes de plus. Nouvelle source de déstabilisation! On me demande si je souhaite ajouter quelque chose, j'ai juste hâte de partir. Ce que je fais. Sur la route du retour, je repasse l'entrevue dans ma tête et je n'y vois rien de très brillant. J'ai passé plusieurs entrevues et je suis bon juge de mes performances et celle-là était lamentable.
J'ai mal dormi. À mon réveil, je suis fatigué. Je vois sur mon bureau la feuille de calcul présentant des scénarios de retraite et l'idée de retirer ma candidature fait son chemin. En arrivant au bureau, je prends quelques minutes pour faire différentes choses puis j'écris aux membres du comité afin de les informer de ma décision de retirer ma candidature.
Voilà l'histoire, que s'est-il passé? En fait je crois que je me suis retrouvé au centre d'un conflit intérieur non résolu. Ce conflit oppose mon intellect et mes émotions. Mon intellect souhaite se mesurer aux défis du poste et croit avoir les outils qu'il faut pour réussir. Mes émotions me disent que je vais devoir faire des sacrifices, que je vais sans doute souffrir. Suis-je prêt à cela? Au moment d'écrire ces lignes, je doute encore. Je suis à la fois déçu et satisfait de ma décision. Cela va sans doute durer quelques jours, puis je passerai à autre chose. D'autres projets vont naître et me mobiliser. Je me rends compte que ce qui me dérange le plus c'est moins ma décision que l'interprétation qui en sera faite. À cela je ne peux rien faire. J'aurai l'occasion de m'expliquer un jour, mais pas maintenant.
Au plan de l'intelligence, on dira que mes deux hémisphères se sont affrontés, l'espace rationnel versus l'espace émotionnel, la logique contre l'intuition, etc. Cela illustre bien les dimensions de l'intelligence intrapersonnelle. À la fois les buts, les rêves, mais aussi les émotions s'expriment à travers cette intelligence qui joue un rôle majeur dans notre action par les motivations qu'elles génèrent.
Lundi matin, je découvre que le test est en en fait un texte d'opinion. Rien de bien difficile. Une heure plus tard, je termine un texte qui me satisfait. Je passe la journée à mes occupations habituelles. Mon rendez-vous étant tard, je profite du début de soirée afin de préparer mon entrevue. Je prends appui sur un canevas classique afin de prévoir les questions et m'y préparer. Il y a du retard et j'entre en entrevue vingt minutes après l'heure prévue.
Le Comité comprend cinq personnes, trois me connaissent depuis longtemps et deux autres vont me découvrir. La forme d'entrevue me déjoue. C'est un dialogue avec une seule personne. Une autre intervient à l'occasion afin de me demander des précisions. Comme cette personne me connaît bien, j'interprète ses interventions comme une invitation à en dire plus. Cela me déstabilise, mes réponses sont-elles incomplètes?
Je commence à perdre pied. Les réponses que je donne à certaines questions sont, à mon avis, ridicules et témoignent d'une bonne méconnaissance du rôle et des responsabilités, alors que c'est tout le contraire dans les faits. Je constate que, globalement, mes réponses tendent à tourner autour d'une seule réalité, un peu comme si je ne voyais qu'un arbre alors qu'il y a une forêt. Plus l'entrevue avance, plus j'ai l'impression d'être ridicule. On me tend des perches et au lieu de les prendre et de m'en servir à mon profit, je passe à côté. Je rate des occasions de me rattraper.
L'entrevue dure un peu moins d'une heure alors qu'on m'avait annoncé trente minutes de plus. Nouvelle source de déstabilisation! On me demande si je souhaite ajouter quelque chose, j'ai juste hâte de partir. Ce que je fais. Sur la route du retour, je repasse l'entrevue dans ma tête et je n'y vois rien de très brillant. J'ai passé plusieurs entrevues et je suis bon juge de mes performances et celle-là était lamentable.
J'ai mal dormi. À mon réveil, je suis fatigué. Je vois sur mon bureau la feuille de calcul présentant des scénarios de retraite et l'idée de retirer ma candidature fait son chemin. En arrivant au bureau, je prends quelques minutes pour faire différentes choses puis j'écris aux membres du comité afin de les informer de ma décision de retirer ma candidature.
Voilà l'histoire, que s'est-il passé? En fait je crois que je me suis retrouvé au centre d'un conflit intérieur non résolu. Ce conflit oppose mon intellect et mes émotions. Mon intellect souhaite se mesurer aux défis du poste et croit avoir les outils qu'il faut pour réussir. Mes émotions me disent que je vais devoir faire des sacrifices, que je vais sans doute souffrir. Suis-je prêt à cela? Au moment d'écrire ces lignes, je doute encore. Je suis à la fois déçu et satisfait de ma décision. Cela va sans doute durer quelques jours, puis je passerai à autre chose. D'autres projets vont naître et me mobiliser. Je me rends compte que ce qui me dérange le plus c'est moins ma décision que l'interprétation qui en sera faite. À cela je ne peux rien faire. J'aurai l'occasion de m'expliquer un jour, mais pas maintenant.
Au plan de l'intelligence, on dira que mes deux hémisphères se sont affrontés, l'espace rationnel versus l'espace émotionnel, la logique contre l'intuition, etc. Cela illustre bien les dimensions de l'intelligence intrapersonnelle. À la fois les buts, les rêves, mais aussi les émotions s'expriment à travers cette intelligence qui joue un rôle majeur dans notre action par les motivations qu'elles génèrent.
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