Je n'écoute que très peu les médias offrant des lignes ouvertes ou proposant des commentaires d'actualités. C'est d'abord une question d'intérêt, le ton est souvent agressif, le manque de profondeur de la réflexion m'afflige ou la mise en scène (par exemple l'obligation du conflit d'opinion) me porte à croire que nous sommes plus dans le spectacle que dans l'information. Alors, j'évite. Pourtant, je suis régulièrement en contact avec ce type d'émission qu'on m'impose que ce soit dans une salle d'attente, dans une file d'attente, dans le bus ou ailleurs. Je suis frappé par le dénigrement de l'opinion des autres, du manque de respect, des étiquettes abusives, des généralisations qui sont faites.
J'en suis venue à me demander si cette mise en scène n'avait pour conséquence d'imposer une pensée plutôt que d'amener les auditeurs à réfléchir et à se faire une opinion. Cette forme de manipulation est insidieuse, elle repose sur le besoin de chaque personne de se trouver dans une position confortable dans la société afin d'éviter la marginalisation ou l'exclusion. Une idée martelée tous les jours durant plusieurs heures finit par susciter l'adhésion de la personne qui écoute surtout si d'autres membres de la communauté appuient ou confirment l'opinion émise. Dans ce cadre, on invente des leaders d'opinion à qui les médias autorisent bien des écarts quitte à les laisser tomber le cas échéant. Cela induit une pression sociale autant sur l'animateur que sur l'auditeur.
L'humain est un être fondamentalement social. Cela implique qu'il soit en équilibre avec son milieu, qu'il ajuste ses comportements et sa pensée avec celle des personnes qu'il côtoie. Cela explique les mobilisations, les solidarités. Nous sommes dans l'univers de l'intelligence interpersonnelle.
La nécessité économique de rentabilité dans laquelle les médias baignent génère inévitablement des contraintes imposées (informellement, sans doute) par les commandites. Ces dernières sont sensibles à l'opinion publique et nous entrons dans une spirale qui finit par valoriser le spectacle au lieu de l'information. Les médias publics voient leurs ressources se réduire. Faut-il y voir une intention des gouvernements de limiter l'expression de la variété des opinions au profit d'une pensée imposée?
A terme, il y a de moins en moins de place pour les opinions qui ne correspondent pas à ce qui est valorisé. Le dénigrement marginalise ceux qui émettent ces opinions et il y danger d'exclusion sociale. Il n'y a plus de dialogue. La conséquence ou le danger, c'est l'abâtardissement, la paresse intellectuelle, l'incapacité de débattre au profit de la confrontation et du déni d'opinion.
L'espace pour des idées qui dérangent est de moins en moins important, surtout que nous sommes portés à défendre une cause qui nous fait perdre de vue l'ensemble de l'équilibre qui régit notre société. C'est un sujet sur lequel je reviendrai.
Ce blogue est un complément du site multintelligents.info. Il traite de différents sujets liés à l'intelligence humaine et à ses manifestations au quotidien. L'auteur des textes est Jacques Belleau.
samedi 27 septembre 2014
samedi 20 septembre 2014
CERVEAU DROIT ET CERVEAU GAUCHE
Je suis avec intérêt le débat
autour du référendum sur l'indépendance de l'Écosse. Au-delà du résultat, il
est assez fascinant de s'arrêter à un fait particulier qui témoigne bien du
cerveau humain.
Vous aurez noté, tout comme
moi, que le camp du OUI parle de fierté, prône des valeurs d'équité, fait état
de la différence de conception de la société voire de la manière dont les Anglais
perçoivent les Écossais. Le camp du NON adopte un discours économique, propose
de modifier les structures, de donner du pouvoir voire profère des menaces
voilées sur la participation de l'Écosse à certaines institutions. J'ai
évidemment fait un résumé de l'argumentaire, car mon objectif n'est pas de
discuter des arguments des uns et des autres, mais bien de me servir de cet
exemple afin d'illustrer une situation qui ne peut tendre vers une solution
acceptable et la chose s'explique par le fonctionnement de notre cerveau.
Le camp du OUI s'adresse à
l'hémisphère droit du cerveau, celui qui traite les émotions, qui regarde vers
l'avenir, qui est intuitif, qui est somme toute social. Il est dans l'esprit
des choses. Le camp du NON, quant à lui, s'adresse à l'hémisphère gauche du
cerveau, celui de la logique, celui des conventions et des structures, celui de
l'analyse. Il est dans le sens des choses, leur signification concrète dans le
cadre d'un discours économique. On le voit bien, les approches sont différentes
et ne peuvent donner lieu à un terrain d'entente, car les perspectives de
travail sont fondamentalement différentes. On ne parle pas de la même chose, un
peu comme si chacun parlait une langue différente.
Rappelons que le cerveau à un
mode de fonctionnement spécifique. Bien que chaque hémisphère ait une fonction,
ils collaborent et échangent de l'information afin de nous permettre de saisir les
différentes dimensions d'une question ou d'une situation. Or, dans le débat
politique, on néglige cette réalité en choisissant un discours qui ne touche
qu'une partie du cerveau.
Fait intéressant, ce qui est
perçu par le côté droit du corps est traité par l'hémisphère gauche et vice
versa. Or, dans la logique politique, il y a une polarisation entre la gauche
et la droite... Peut-on postuler que les perceptions des gens de gauche sont
traités par d'abord par leur cerveau droit et que les perceptions de gens de
droite sont analysées d'abord par leur cerveau gauche? Dans les faits, la
recherche en neurosciences nous enseigne que le traitement des informations par
notre cerveau est plus complexe que cela, mais l'image est intéressante et
illustre fort bien la réalité de l'univers politique. Dans le débat écossais
(comme ce fut le cas au Québec par exemple) les défenseurs de l'idée
d'indépendance sont davantage associés à la gauche alors que les promoteurs du
statu quo sont surtout associés à la droite.
En matière de rapports
humains, il est toujours intéressant de situer notre interlocuteur si on
souhaite s'entendre. Quel que soit le résultat du référendum écossais, il est
certain que le problème va perdurer, car les deux groupes ne regardent pas dans
la même direction.
Libellés :
Communication,
Société Fonctionnement du cerveau
Pays/territoire :
Québec, QC, Canada
samedi 13 septembre 2014
L'OMBRE ET LA LUMIÈRE DES AUTRES
Carl Jung parle de l'ombre des personnes pour décrire leurs travers. Dans notre vie de tous les jours, il arrive souvent que nous préférions voir les défauts des autres plutôt que leurs qualités. Est-ce pour nous rassurer? nous valoriser? Je crois que la réponse varie selon chacun. Ce qui me semble évident cependant, c'est que cette observation contribue au jugement que nous portons sur l'intelligence de la personne. En effet, le comportement d'un individu témoigne de son adaptation à une norme qu'elle soit formelle (une loi, un code d'éthique) ou informelle (des valeurs, des attentes). L'intelligence est une manifestation de l'adaptation à son milieu.
En gestion un dicton dit que l'on embauche sur les compétences et que l'on débauche (congédie) sur les comportements. Autrement dit, la lumière des personnes est à l'origine du choix, mais l'ombre déterminera la durée du lien d'emploi. La difficulté réside dans ce que qui sera valorisé. Est-ce que l'on va faire en sorte d'exploiter et de maintenir la lumière de la personne ou bien va-t-on, peu à peu, voir celle-ci décliner et faire en sorte que l'ombre devienne évidente? L'autre réalité est la préoccupation d'évaluer les personnes afin de s'assurer qu'elles sont adaptées. Cela signifie que la moindre incartade est montée en épingle, que l'on néglige l'accompagnement que l'ombre est l'objet de l'observation et non la lumière. Enfin, je serais tenté de mettre en évidence ce que je nomme la "tentation de narcisse". Lors de sélection d'un employé, le gestionnaire peut, sans en être conscient, valoriser des traits de personnalité qui sont les siens et qu'il reconnaît chez l'autre. Dès lors, dans le suivi de l'embauche, il n'y a pas de difficultés. Le problème survient lors du changement de supérieur ou d'un changement de fonction.
La gestion des comportements au travail donne lieu a une abondante littérature. C'est aussi, pour bon nombre de gestionnaires, l'aspect le plus difficile de leurs responsabilités. Car, en insistant sur les problèmes, on entre dans la gestion du changement des comportements et des personnes. Les personnes concernées en sont affectées car on met en évidence leur inadaptation plutôt que leurs contributions.
La conséquence de cette perspective se reflète dans la culture de l'organisation. La défiance est institutionnalisée. Tout devient question de loyauté, l'opinion divergente est suspecte, la prise de parole contrôlée. Dans ce cadre, il est difficile d'obtenir une promotion pour les personnes qui ont du vécu au sein de l'organisation, qui y ont assumé des responsabilités ou qui se sont engagées dans des débats internes. L'ombre devient plus importante que la lumière, la menace à l'establishment organisationnel fait en sorte que la personne ne peut espérer autre chose que son poste. L'organisation se nourrit alors des ressources externes qui sont choisies à l'aune de la culture qui elle n'évolue plus.
J'ai, au fil de mes années de gestion, tenté de valoriser la lumière des personnes, de faire la promotion de leurs forces, de les valoriser afin de les motiver. Cette approche a trouvé des échos positifs auprès des personnes placées sous mon autorité. Je dois cependant avouer que cette approche était loin de faire l'unanimité parmi les autres gestionnaires. Je peux les comprendre car ils oeuvraient en conformité avec la culture, ce qui n'était pas mon cas. Cela ne signifie pas que tout allait bien pour moi. Certaines personnes éprouvent des difficultés profondes qui les rendent inaptes au travail. J'ai rencontré ces problèmes et, il m'a fallu me rendre à l'évidence que, dans ces cas précis, l'ombre des personnes était plus forte. Cependant, je demeure persuadé qu'il est préférable de valoriser la lumière des personnes et qu'ainsi, il est plus simple de les accompagner et de les amener à changer.
En gestion un dicton dit que l'on embauche sur les compétences et que l'on débauche (congédie) sur les comportements. Autrement dit, la lumière des personnes est à l'origine du choix, mais l'ombre déterminera la durée du lien d'emploi. La difficulté réside dans ce que qui sera valorisé. Est-ce que l'on va faire en sorte d'exploiter et de maintenir la lumière de la personne ou bien va-t-on, peu à peu, voir celle-ci décliner et faire en sorte que l'ombre devienne évidente? L'autre réalité est la préoccupation d'évaluer les personnes afin de s'assurer qu'elles sont adaptées. Cela signifie que la moindre incartade est montée en épingle, que l'on néglige l'accompagnement que l'ombre est l'objet de l'observation et non la lumière. Enfin, je serais tenté de mettre en évidence ce que je nomme la "tentation de narcisse". Lors de sélection d'un employé, le gestionnaire peut, sans en être conscient, valoriser des traits de personnalité qui sont les siens et qu'il reconnaît chez l'autre. Dès lors, dans le suivi de l'embauche, il n'y a pas de difficultés. Le problème survient lors du changement de supérieur ou d'un changement de fonction.
La gestion des comportements au travail donne lieu a une abondante littérature. C'est aussi, pour bon nombre de gestionnaires, l'aspect le plus difficile de leurs responsabilités. Car, en insistant sur les problèmes, on entre dans la gestion du changement des comportements et des personnes. Les personnes concernées en sont affectées car on met en évidence leur inadaptation plutôt que leurs contributions.
La conséquence de cette perspective se reflète dans la culture de l'organisation. La défiance est institutionnalisée. Tout devient question de loyauté, l'opinion divergente est suspecte, la prise de parole contrôlée. Dans ce cadre, il est difficile d'obtenir une promotion pour les personnes qui ont du vécu au sein de l'organisation, qui y ont assumé des responsabilités ou qui se sont engagées dans des débats internes. L'ombre devient plus importante que la lumière, la menace à l'establishment organisationnel fait en sorte que la personne ne peut espérer autre chose que son poste. L'organisation se nourrit alors des ressources externes qui sont choisies à l'aune de la culture qui elle n'évolue plus.
J'ai, au fil de mes années de gestion, tenté de valoriser la lumière des personnes, de faire la promotion de leurs forces, de les valoriser afin de les motiver. Cette approche a trouvé des échos positifs auprès des personnes placées sous mon autorité. Je dois cependant avouer que cette approche était loin de faire l'unanimité parmi les autres gestionnaires. Je peux les comprendre car ils oeuvraient en conformité avec la culture, ce qui n'était pas mon cas. Cela ne signifie pas que tout allait bien pour moi. Certaines personnes éprouvent des difficultés profondes qui les rendent inaptes au travail. J'ai rencontré ces problèmes et, il m'a fallu me rendre à l'évidence que, dans ces cas précis, l'ombre des personnes était plus forte. Cependant, je demeure persuadé qu'il est préférable de valoriser la lumière des personnes et qu'ainsi, il est plus simple de les accompagner et de les amener à changer.
samedi 6 septembre 2014
LA RETRAITE C'EST SE CHOISIR
Voilà déjà plusieurs mois (pour ne pas dire plus) que je n'ai pas mis à jour mon blogue. Des excuses, j'en ai mais ce sont aussi des prétextes. J'ai mis d'autres travaux en priorité. Aujourd'hui, j'ai quitté mon emploi. On me dit retraité parce que je suis pensionné. Mais qu'est-ce que la retraite?
La retraite c'est d'abord un choix de vie, se choisir. Après plus de dix années dans des fonctions de gestion, je n'avais plus de plaisir à accomplir mes tâches. Ma motivation baissait. Comme j'ai besoin de créer et que la chose devenait de plus en plus complexe dans mon contexte professionnel, j'ai fait le choix de partir. La décision a été mûrie. Je dispose d'une sécurité financière qui assure l'essentiel de mes besoins. J'ai donc le privilège de pouvoir choisir.
Déjà trois fois que je reviens avec le verbe "choisir". Travailler dans une organisation c'est vivre et contribuer à la réalisation des choix que d'autres ont faits. On peut contribuer à la définition des orientations, mais elles ne sont pas nôtres tout comme les moyens. C'est un peu se renier car notre comportement s'ajuste à notre milieu qui a des attentes. Ainsi, moi qui suis plutôt à dominante "interpersonnelle", je me suis ajusté dans le cadre de mon travail ou j'animais des équipes, j'étais un communicateur et un formateur, je valorisais la coopération... autant de manifestations de "l'interpersonnel". Cet ajustement je l'acceptais, mais il induisait un effort important qui à la longue grugeais mon énergie. Cet ajustement a été l'occasion d'apprentissage et aujourd'hui, l'alliance de mes deux intelligences font de moi un bon formateur car je suis à même de préparer un cours et de d'en assurer la prestation. En reprenant ma liberté professionnelle, car ma retraite c'est d'abord cela, j'ai voulu privilégier le plaisir de faire plutôt que l'obligation de faire. En me donnant la possibilité de choisir, j'ai opté pour une vie moins contraignante, d'avoir accès à moins de ressources pécuniaires, mais de vivre en accord avec mes besoins dont celui d'être heureux.
J'ai le privilège de quitter mon emploi avec un revenu assuré. Aujourd'hui cette question fait débat au Québec et ailleurs sur la planète. En France, un élément est pris en compte dans la réflexion, la pénibilité de l'emploi. Occuper un même emploi pendant des décennies mine la personne. Elle a dû s'ajuster à de nombreux changements technologiques ou organisationnels. Ses conditions de travail se sont modifiées au fil des cycles économiques. Le corps est moins disponible, l'esprit vieillit, il est moins efficace mais plus sage. L'humain aspire à un certain apaisement. Le marché du travail n'est pas ajusté à cette réalité, ne la reconnaît pas. Il est question de repousser l'âge de la retraite. Lorsque je porte attention aux discours de ceux qui vont prendre les décisions sur cette question, il me paraît qu'ils sont soit déconnectés de leurs besoins, soit ils défendent des principes qui valorisent le profit ou soit ils ont des ressources qui les mettent à l'abri. Dans tout cela, on néglige la personne qui s'échine depuis plus de vingt ans sans espoir d'un changement qui respecte ses capacités et ses besoins.
J'aurais aimé poursuivre mes activités au service de mon employeur, dans d'autres fonctions, allégées et adaptées. Ce n'était pas possible. Cette situation est celle que connaissent bien des personnes qui font un choix de vie en optant pour la "retraite" qu'ils veulent active: bénévolat, artisanat, consultation, travail à temps partiel, etc... Le débat sur la retraite devrait aussi porter sur la dimension humaine du travail et non seulement sur l'aspect économique des régimes. La productivité serait sans doute accrue si on s'intéressait à l'adaptation du travail au travailleur au fil des âges de la vie.
Écrire, pour moi, c'est une occasion de réfléchir sur ce que je vis. Ce blogue est donc un outil d'élucidation de ma pensée (le lien entre l'intelligence interpersonnelle et l'intelligence linguistique). Au fil des prochaines parutions j'aborderai des thèmes comme la reconnaissance ou le paternalisme. Je vous proposerai quelques chroniques d'humeur sur des sujets comme la défectiologie ou le choix de n'observer que l'ombre des personnes. Je discuterai de certaines tendances de notre société qui consiste à faire des choix à partir d'un seul élément ou de la manipulation de l'opinion publique.
Je suis de retour. Vous trouverez au moins un nouveau texte par semaine... En passant, un blogue, c'est aussi une occasion de dialogue, par conséquent, il me fera plaisir de lire vos commentaires.
La retraite c'est d'abord un choix de vie, se choisir. Après plus de dix années dans des fonctions de gestion, je n'avais plus de plaisir à accomplir mes tâches. Ma motivation baissait. Comme j'ai besoin de créer et que la chose devenait de plus en plus complexe dans mon contexte professionnel, j'ai fait le choix de partir. La décision a été mûrie. Je dispose d'une sécurité financière qui assure l'essentiel de mes besoins. J'ai donc le privilège de pouvoir choisir.
Déjà trois fois que je reviens avec le verbe "choisir". Travailler dans une organisation c'est vivre et contribuer à la réalisation des choix que d'autres ont faits. On peut contribuer à la définition des orientations, mais elles ne sont pas nôtres tout comme les moyens. C'est un peu se renier car notre comportement s'ajuste à notre milieu qui a des attentes. Ainsi, moi qui suis plutôt à dominante "interpersonnelle", je me suis ajusté dans le cadre de mon travail ou j'animais des équipes, j'étais un communicateur et un formateur, je valorisais la coopération... autant de manifestations de "l'interpersonnel". Cet ajustement je l'acceptais, mais il induisait un effort important qui à la longue grugeais mon énergie. Cet ajustement a été l'occasion d'apprentissage et aujourd'hui, l'alliance de mes deux intelligences font de moi un bon formateur car je suis à même de préparer un cours et de d'en assurer la prestation. En reprenant ma liberté professionnelle, car ma retraite c'est d'abord cela, j'ai voulu privilégier le plaisir de faire plutôt que l'obligation de faire. En me donnant la possibilité de choisir, j'ai opté pour une vie moins contraignante, d'avoir accès à moins de ressources pécuniaires, mais de vivre en accord avec mes besoins dont celui d'être heureux.
J'ai le privilège de quitter mon emploi avec un revenu assuré. Aujourd'hui cette question fait débat au Québec et ailleurs sur la planète. En France, un élément est pris en compte dans la réflexion, la pénibilité de l'emploi. Occuper un même emploi pendant des décennies mine la personne. Elle a dû s'ajuster à de nombreux changements technologiques ou organisationnels. Ses conditions de travail se sont modifiées au fil des cycles économiques. Le corps est moins disponible, l'esprit vieillit, il est moins efficace mais plus sage. L'humain aspire à un certain apaisement. Le marché du travail n'est pas ajusté à cette réalité, ne la reconnaît pas. Il est question de repousser l'âge de la retraite. Lorsque je porte attention aux discours de ceux qui vont prendre les décisions sur cette question, il me paraît qu'ils sont soit déconnectés de leurs besoins, soit ils défendent des principes qui valorisent le profit ou soit ils ont des ressources qui les mettent à l'abri. Dans tout cela, on néglige la personne qui s'échine depuis plus de vingt ans sans espoir d'un changement qui respecte ses capacités et ses besoins.
J'aurais aimé poursuivre mes activités au service de mon employeur, dans d'autres fonctions, allégées et adaptées. Ce n'était pas possible. Cette situation est celle que connaissent bien des personnes qui font un choix de vie en optant pour la "retraite" qu'ils veulent active: bénévolat, artisanat, consultation, travail à temps partiel, etc... Le débat sur la retraite devrait aussi porter sur la dimension humaine du travail et non seulement sur l'aspect économique des régimes. La productivité serait sans doute accrue si on s'intéressait à l'adaptation du travail au travailleur au fil des âges de la vie.
Écrire, pour moi, c'est une occasion de réfléchir sur ce que je vis. Ce blogue est donc un outil d'élucidation de ma pensée (le lien entre l'intelligence interpersonnelle et l'intelligence linguistique). Au fil des prochaines parutions j'aborderai des thèmes comme la reconnaissance ou le paternalisme. Je vous proposerai quelques chroniques d'humeur sur des sujets comme la défectiologie ou le choix de n'observer que l'ombre des personnes. Je discuterai de certaines tendances de notre société qui consiste à faire des choix à partir d'un seul élément ou de la manipulation de l'opinion publique.
Je suis de retour. Vous trouverez au moins un nouveau texte par semaine... En passant, un blogue, c'est aussi une occasion de dialogue, par conséquent, il me fera plaisir de lire vos commentaires.
Libellés :
Intelligences personnes Société,
Travail
Pays/territoire :
Québec, Québec, Canada
mercredi 2 janvier 2013
QUAND L'INTELLIGENCE LOGICO-MATHÉMATIQUE DOMINE
Notre société vit sous la domination de l'intelligence logico-mathématique. L'humain occidental standardise, normalise et mesure tout dans une perspective d'uniformisation. Cette numérisation du quotidien donne l'illusion de le comprendre, voire de le maîtriser. Elle génère une déculpabilisation justifiant l'inaction. C'est la conséquence de la "moyenne" ou des regroupements en strates qui finissent toujours par offrir une justification à un comportement. Or ces groupements sont des généralisations statistiques qui n'ont aucune correspondance dans le réel tout en fondant ou en servant à justifier de nombreuses décisions de nos gouvernements.
Notre société est binaire. Ce qui n'est pas blanc est noir, celui qui n'est pas pour est contre, tu es de gauche ou de droite, le centre lui-même se teinte de ces nuances. Notre société vit de ces rapports de force. Les plus nombreux, les plus influents, les plus insistants et surtout ceux qui en ont plus que les autres dominent. L'étude de la répartition de la richesse met en évidence un écart de plus en plus important entre les riches et les autres qui rêvent de la richesse des premiers pour ce qu'elle permet, qui se donnent l'illusion de cette richesse de différentes manières.
Notre société adore les superlatifs. Tout est toujours plus grand, plus gros ou plus important. Les emballages enflent générant du suremballage. On nous propose 30% de plus d'un produit, une réduction de 10% à 50% ou d'obtenir un second produit à l'achat d'un premier. Certaines chaînes de magasins ont fait une spécialité de la mise en marché de produits en grandes quantités ou en formats "familiaux". On achète juste au cas, parce que ce n'est pas cher, du moins en apparence. L'humain se mue en écureuil. Il accumule et finit par oublier et ranger. Le besoin réel lié à la subsistance ou au quotidien n'existe plus. La consommation est valorisée comme mécanisme de compensation à la dureté du travail, à sa pénibleté. On travaille non pas pour se réaliser, pour se sentir utile, mais bien pour avoir les moyens de s'offrir des vacances, une automobile de luxe ou différents autres biens. Tout devient objet de consommation. L'éducation ou la santé n'échappent plus à cela. Les écoles et les hôpitaux font l'objet d'un classement qui repose moins sur la réponse aux besoins que sur une performance normalisée, standardisée ou attendue. Cette logique de mesure se nourrit de plans stratégiques, d'indicateurs de rendement ou de méthodes ou systèmes visant une plus grande productivité, un meilleur rendement. L'ingénierie ou la réingénierie ont la cote.
Notre société, dans sa dérive du quantitatif mesure tout même ce qui ce l'est pas. On évalue la condition physique d'une personne sur la base de standards et non pas de l'adéquation de la personne à son environnement, à son occupation voire à l'aune de sa génétique. On évalue "l'intelligence" ou le "quotient intellectuel" alors qu'on commence seulement à comprendre le fonctionnement de l'intelligence. En fait, l'humain en est arrivé à nier son intuition, ses émotions et ses besoins au profit d'un comportement qui semble découler d'une rationalité ou d'une logique relevant d'un dénominateur commun. Pourtant, la logique d'une personne est rarement identique à celle d'une autre, car, si cela était vrai il n'y aurait qu'une seule et unique réponse à toutes les questions que les humains se posent.
Notre société est intoxiquée par une surdose d'information qui anesthésie le cerveau. D'une part on valorise le moindre effort, mais on dénonce l'épidémie d'obésité. À force de vouloir prévenir la maladie et réduire les coûts de santé, on propose à certaines femmes susceptibles d'être atteintes d'un certain type de cancer d'accepter l'ablation des seins. Celui qui n'est pas vu ou pris est innocent, celui qui n'avoue pas, qui se tait, qui se cache ou qui se conforme est innocent. La morale propre à l'être humain qui devrait être témoin de son essence où est-elle?
Notre société valorise l'hémisphère gauche de notre cerveau qui méthodique et rationnel, logique, analytique ou séquentiel. Autant d'éléments caractérisant l'intelligence logico-mathématique. Le cerveau droit est qualifié de primitif ou d'instinctif parce qu'il traite les émotions et que son mode de fonctionnement est non linéaire et qu'il ne se soucie pas du temps. Ces caractéristiques du cerveau droit sont évidemment antinomiques avec la pensée dominante au sein de notre société. Or, en niant le rôle du cerveau droit, notre société perd de vue que notre cerveau traite l'information en exploitant les deux hémisphères et que l'action humaine repose sur cette spécificité.
Notre société est binaire. Ce qui n'est pas blanc est noir, celui qui n'est pas pour est contre, tu es de gauche ou de droite, le centre lui-même se teinte de ces nuances. Notre société vit de ces rapports de force. Les plus nombreux, les plus influents, les plus insistants et surtout ceux qui en ont plus que les autres dominent. L'étude de la répartition de la richesse met en évidence un écart de plus en plus important entre les riches et les autres qui rêvent de la richesse des premiers pour ce qu'elle permet, qui se donnent l'illusion de cette richesse de différentes manières.
Notre société adore les superlatifs. Tout est toujours plus grand, plus gros ou plus important. Les emballages enflent générant du suremballage. On nous propose 30% de plus d'un produit, une réduction de 10% à 50% ou d'obtenir un second produit à l'achat d'un premier. Certaines chaînes de magasins ont fait une spécialité de la mise en marché de produits en grandes quantités ou en formats "familiaux". On achète juste au cas, parce que ce n'est pas cher, du moins en apparence. L'humain se mue en écureuil. Il accumule et finit par oublier et ranger. Le besoin réel lié à la subsistance ou au quotidien n'existe plus. La consommation est valorisée comme mécanisme de compensation à la dureté du travail, à sa pénibleté. On travaille non pas pour se réaliser, pour se sentir utile, mais bien pour avoir les moyens de s'offrir des vacances, une automobile de luxe ou différents autres biens. Tout devient objet de consommation. L'éducation ou la santé n'échappent plus à cela. Les écoles et les hôpitaux font l'objet d'un classement qui repose moins sur la réponse aux besoins que sur une performance normalisée, standardisée ou attendue. Cette logique de mesure se nourrit de plans stratégiques, d'indicateurs de rendement ou de méthodes ou systèmes visant une plus grande productivité, un meilleur rendement. L'ingénierie ou la réingénierie ont la cote.
Notre société, dans sa dérive du quantitatif mesure tout même ce qui ce l'est pas. On évalue la condition physique d'une personne sur la base de standards et non pas de l'adéquation de la personne à son environnement, à son occupation voire à l'aune de sa génétique. On évalue "l'intelligence" ou le "quotient intellectuel" alors qu'on commence seulement à comprendre le fonctionnement de l'intelligence. En fait, l'humain en est arrivé à nier son intuition, ses émotions et ses besoins au profit d'un comportement qui semble découler d'une rationalité ou d'une logique relevant d'un dénominateur commun. Pourtant, la logique d'une personne est rarement identique à celle d'une autre, car, si cela était vrai il n'y aurait qu'une seule et unique réponse à toutes les questions que les humains se posent.
Notre société est intoxiquée par une surdose d'information qui anesthésie le cerveau. D'une part on valorise le moindre effort, mais on dénonce l'épidémie d'obésité. À force de vouloir prévenir la maladie et réduire les coûts de santé, on propose à certaines femmes susceptibles d'être atteintes d'un certain type de cancer d'accepter l'ablation des seins. Celui qui n'est pas vu ou pris est innocent, celui qui n'avoue pas, qui se tait, qui se cache ou qui se conforme est innocent. La morale propre à l'être humain qui devrait être témoin de son essence où est-elle?
Notre société valorise l'hémisphère gauche de notre cerveau qui méthodique et rationnel, logique, analytique ou séquentiel. Autant d'éléments caractérisant l'intelligence logico-mathématique. Le cerveau droit est qualifié de primitif ou d'instinctif parce qu'il traite les émotions et que son mode de fonctionnement est non linéaire et qu'il ne se soucie pas du temps. Ces caractéristiques du cerveau droit sont évidemment antinomiques avec la pensée dominante au sein de notre société. Or, en niant le rôle du cerveau droit, notre société perd de vue que notre cerveau traite l'information en exploitant les deux hémisphères et que l'action humaine repose sur cette spécificité.
Libellés :
Intelligence Logico-mathématique Société
Pays/territoire :
Vanier, QC, Canada
samedi 29 décembre 2012
SCIENCES ET SOCIÉTÉS
Il y a quelques semaines un tribunal italien reconnaissait que des scientifiques pouvaient être poursuivis parce qu'ils n'avaient pu prédire correctement un tremblement de terre. La chose a de quoi surprendre à priori, mais, à bien y penser, est-ce si surprenant que cela? Comment se surprendre devant la négation par bien des personnes de l'effet de l'activité humaine sur les changements climatiques?
En fait, je crois que l'explication réside en partie dans l'image que l'on veut donner de la science afin de la valoriser au détriment des autres activités humaines. La science semble être la source du développement de l'humanité. En effet, à force de tout vouloir expliquer, calculer, prédire, prévoir, la science se trouve confrontée à elle-même. En fait, notre société semble gouverner par un credo logico-mathématique au sein duquel la logique et le numérique occupent toute la place occultant toute autre manière de voir le monde.
L'humain veut comprendre ce qui l'entoure, l'expliquer. Or, son savoir est limité et ses explications sont souvent des hypothèses plus que des vérités qu'on nous assène pourtant comme telles. En fait, le savoir est neutre, c'est ce l'humain en fait qui importe. Les vrais scientifiques vivent dans le doute et seront toujours hésitants à affirmer que l'information dont ils disposent est complète et définitive. Ils connaissent trop les limites de leur travail pour être aussi affirmatifs. Parce qu'ils doutent, ces personnes ne font pas la première page des médias. Ce sont les autres, ceux qui oublient que leurs travaux ont des limites, qui causent du tort à la science en présentant des vérités qui n'en sont pas.
Pendant une grande partie du dernier siècle, la science a occupé le haut du pavé. Aujourd'hui, la science est questionnée, l'humain doute de la vérité scientifique. L'alliance de la science avec les impératifs économiques du financement de la recherche a créé un mélange explosif qui fait en sorte que l'on se retrouve avec deux discours scientifiques qu'il est bien difficile de distinguer et de critiquer. Les exemples de demies-vérité scientifique sont multiples tout comme les effets négatifs de certaines recherches menées sans réflexion éthique au nom de la science sans aucun souci pour l'utilité ou l'impact des résultats sur les personnes.
La science est nécessaire. La question qui se pose est celle du soutien à la recherche. C'est vrai pour toutes les formes de prospection des différentes dimensions de notre univers physique, social ou biologique. L'inféodation à un soutien financier (quel qu'il soit) crée une dépendance qui oriente consciemment ou inconsciemment le travail. Un chercheur livrera-t-il des résultats qui nuiront à son commanditaire? Poser la question c'est y répondre.
La science doit se redéfinir pour reprendre sa place dans nos sources d'explications. Elle ne peut être la seule et elle doit faire place aux autres disciplines, par exemple les sciences humaines, afin de proposer une perspective plus cohérente de la réalité de notre monde et de notre univers.
En fait, je crois que l'explication réside en partie dans l'image que l'on veut donner de la science afin de la valoriser au détriment des autres activités humaines. La science semble être la source du développement de l'humanité. En effet, à force de tout vouloir expliquer, calculer, prédire, prévoir, la science se trouve confrontée à elle-même. En fait, notre société semble gouverner par un credo logico-mathématique au sein duquel la logique et le numérique occupent toute la place occultant toute autre manière de voir le monde.
L'humain veut comprendre ce qui l'entoure, l'expliquer. Or, son savoir est limité et ses explications sont souvent des hypothèses plus que des vérités qu'on nous assène pourtant comme telles. En fait, le savoir est neutre, c'est ce l'humain en fait qui importe. Les vrais scientifiques vivent dans le doute et seront toujours hésitants à affirmer que l'information dont ils disposent est complète et définitive. Ils connaissent trop les limites de leur travail pour être aussi affirmatifs. Parce qu'ils doutent, ces personnes ne font pas la première page des médias. Ce sont les autres, ceux qui oublient que leurs travaux ont des limites, qui causent du tort à la science en présentant des vérités qui n'en sont pas.
Pendant une grande partie du dernier siècle, la science a occupé le haut du pavé. Aujourd'hui, la science est questionnée, l'humain doute de la vérité scientifique. L'alliance de la science avec les impératifs économiques du financement de la recherche a créé un mélange explosif qui fait en sorte que l'on se retrouve avec deux discours scientifiques qu'il est bien difficile de distinguer et de critiquer. Les exemples de demies-vérité scientifique sont multiples tout comme les effets négatifs de certaines recherches menées sans réflexion éthique au nom de la science sans aucun souci pour l'utilité ou l'impact des résultats sur les personnes.
La science est nécessaire. La question qui se pose est celle du soutien à la recherche. C'est vrai pour toutes les formes de prospection des différentes dimensions de notre univers physique, social ou biologique. L'inféodation à un soutien financier (quel qu'il soit) crée une dépendance qui oriente consciemment ou inconsciemment le travail. Un chercheur livrera-t-il des résultats qui nuiront à son commanditaire? Poser la question c'est y répondre.
La science doit se redéfinir pour reprendre sa place dans nos sources d'explications. Elle ne peut être la seule et elle doit faire place aux autres disciplines, par exemple les sciences humaines, afin de proposer une perspective plus cohérente de la réalité de notre monde et de notre univers.
dimanche 14 octobre 2012
Évaluer les attitudes
L’évaluation des attitudes pose
des difficultés à bien des professeurs. Les objectifs ont beau être clairs, les
standards précis, la chose demeure complexe. Comment expliquer cela? En fait,
la réponse réside dans les acquis mêmes des évaluateurs.
Partons d’une situation
d’évaluation simple. Les professeurs n’éprouvent habituellement pas de
difficultés à évaluer des apprentissages disciplinaires. Lorsqu’il est question
d’évaluer la qualité du français, plusieurs produisent des évaluations fondées
alors que d’autres se contentent d’évaluation plus limitée. Que se passe-t-il?
Le professeur évalue en fonction de son propre niveau de maîtrise de la
matière. Cela signifie qu’il détient un niveau de compétence qui va au-delà des
bases. Il en maîtrise le langage, les règles. La différence est là.
En mathématique, par exemple, le
langage est celui des nombres et les règles qui s’appliquent sont celles des
conventions établies. Tant qu’une personne n’a pas atteint un certain niveau de
maîtrise du langage et des règles, elle ne peut évaluer convenablement. Elle
peut aisément indiquer que la personne n’a pas donné la réponse attendue, dans
la mesure ou il en dispose. Mais évaluer ce n’est pas cela, c’est juger. Juger
signifie que l’évaluateur va réaliser une observation, qu’il va suivre la
démarche afin d’être en mesure d’émettre un jugement, mais, aussi et surtout,
dans le contexte d’une relation d’apprentissage, de pouvoir faire une
rétroaction à l’élève.
Il en est de même pour
l’évaluation de la qualité du français. Comment une personne peut-elle évaluer
un objet qu’elle ne perçoit pas, qu’elle ne détecte pas? Si l’observation de
certaines règles de base (par exemple le pluriel des noms propres) est à la
portée de la plupart des gens, il n’en est pas de même de certaines autres,
plus complexes. Si ces règles ne
sont pas acquises par l’évaluateur il peut soit laisser passer une erreur, soit
méjuger une situation correcte et la pénaliser. Dans un cas comme dans l’autre,
l’élève est pénalisé.
On conviendra que dans les deux
exemples qui précèdent, l’évaluateur a atteint un certain niveau de littératie
qui le prépare à sa tâche. Ce niveau qui pourrait facilement être établi pour
un ordre d’enseignement donné implique une maîtrise de la langue et de ses
règles.
L’évaluation des savoir-être
répond au même modèle. Ce que l’on observe, c’est que les professeurs sont
d’excellents praticiens. Ils maîtrisent les attitudes requises, ils sont aptes
à les mettre en pratique, mais lorsque vient le moment de les évaluer, ils sont
confrontés au langage et à ses règles spécifiques. Ils n’ont pas développé un
niveau de littératie suffisant pour évaluer.
Les savoir-être ont leurs propres
taxonomies (Krathwhol par exemple) qui sont fort répandues. Les attitudes sont
liées à des comportements, à l’interpersonnel, et sont conditionnées, en tout
ou en partie, par la personne, son intrapersonnel. Howard Gardner, dans son
cadre de référence sur l’intelligence, identifie l’intrapersonnel et
l’interpersonnel comme deux intelligences distinctes que chaque humain a la
capacité de développer. Pour Gardner, ces deux intelligences ont leur propre
langage et règles. Or, contrairement aux autres intelligences décrites par
Gardner, par exemple l’intelligence linguistique ou l’intelligence
logico-mathémathique, l’enseignement du langage propre à ces deux intelligences
ne fait pas partie des prescriptions des systèmes scolaires. Ils y apparaissent
à titre transversal ce qui signifie que l’acquisition de ces compétences se
fait en concomitance avec d’autres, mais qu’elles sont peu ou pas évaluées.
Comment les personnes peuvent-elles développer leurs compétences dans ce
contexte?
Une partie du langage spécifique
à ces deux intelligences est lié aux émotions, ce qui a amené Daniel Goleman à regrouper
les deux sous le vocale d’intelligence émotionnelle. Lorsqu’il est question des
émotions, force nous est de constater qu’une majorité de personnes sont à tout
le moins analphabètes sinon illettrées. Qu’est-ce que cela signifie? Cela veut
dire qu’une majorité de personnes sont tout juste aptes à décoder les émotions
sans pour autant pouvoir vraiment tirer profit de ces informations.
Pourriez-vous répondre aux
questions suivantes :
Ø Croyez-vous
que chaque être humain a son propre tempérament qui détermine en tout ou en
partie son comportement?[1]
Ø Combien
d’émotions un être humain peut-il exprimer?[2]
Pour enseigner les attitudes et
les évaluer, il faut être en mesure de les objectiver, c’est-à-dire d’être en
mesure de l’expliquer en termes clairs, concrets et compréhensibles, d’en
témoigner des manifestations, des composantes et de les contextualiser.
Dans le cas qui nous occupe, cela
signifie qu’un professeur devrait être en mesure d’évaluer la dimension non
verbale et verbale d’une situation donnée afin d’en dégager les attitudes et de
les comparer à une norme ou à un standard attendu. Ainsi, par exemple, il
devrait observer et en faire une synthèse:
- L’expression
orale, notamment les termes utilisés, l’intonation (prosodie);
- L’expression
faciale, non seulement les émotions, mais aussi les micros expressions;
- L’expression
corporelle, par exemple la nature des gestes (référence à la synergologie), le
caractère des gestes (brusqueries ou douceur).
On conviendra que bien peu de
personnes sont aptes à réaliser de telles observations. Or, ces trois
dimensions ne sauraient couvrir toute l’étendue de l’évaluation des attitudes.
L’évaluation des attitudes
implique qu’un professeur développe ses compétences dans la compréhension du
langage des attitudes. Qu’il passe du niveau de praticien à celui d’observateur
apte à décomposer les situations et à identifier, dans le contexte d’une
situation d’apprentissage, les éléments positifs, ceux requérant une attention
particulière méritant un effort de ceux qui sont encore à développer.
[1] Le tempérament fait référence aux caractéristiques individuelles, dont
la base serait biologique (génétique + facteurs prénataux et périnataux), qui
déterminent les réactions affectives, attentionnelles et motrices dans diverses
situations.
[2] En fait, il y a six émotions de base que soient
universelles caractérisées par une expression faciale particulière. Ces
émotions sont : la surprise, la colère, le dégoût, la tristesse, la peur
et la joie.
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