samedi 28 janvier 2012

NEURO PÉDAGOGIE

L'évolution rapide des connaissances sur le cerveau humain, son organisation et son fonctionnement est une source à laquelle les pédagogues auraient avantage à s'abreuver. Dans un premier temps, ils y trouveraient des confirmations objectives de certaines intuitions ayant mené à des stratégies qu'ils exploitent. Par la suite,  compte tenu d'une meilleure compréhension de l'apprentissage, ils pourraient sans doute imaginer de stratégies d'enseignement et d'apprentissage encore mieux adaptées aux situations qu'ils doivent gérer.

Nous sommes à l'aube de ce que je nomme la "neuropédagogie". En fait les sciences cognitives tendent à révolutionner différentes disciplines. Ce qui se produit, c'est que la compréhension du mode de fonctionnement du cerveau permet à qui détient la clé, d'agir afin de favoriser un comportement plutôt qu'un autre. Présentement, le neuro marketing  (je vous invite à explorer ce thème via votre moteur de recherche, vous serez surpris de ce que vous découvrirez) se développe à grande vitesse. La perspective est simple, rejoindre les consommateurs. Ces derniers sont, en quelque sorte, manipulés à leur insu et incités à consommer.

Ce n'est pas une question d'intelligence. En s'adressant de la bonne manière au cerveau, la réponse ne peut qu'être celle attendue. Déjà, les spécialistes s'activent et agissent. Évidemment, nous pourrions discuter de la chose au plan de l'éthique, et cela viendra sans doute. Pour le moment, rien n'empêche les apprentis sorciers de passer à l'acte.

Les pédagogues, sans aller aussi loin que les spécialistes du marketing, ont tout intérêt à s'attarder à décoder les processus de la mémoire, les interactions entre les deux hémisphères du cerveau, le mode d'encodage des savoirs, l'impact des sens et de l'affectif sur l'apprentissage, la dynamique de la maturation et de la structuration du cerveau, le rôle et la fonction des différentes régions du cerveau et surtout comment tout cela interagit. Ce faisant, ils comprendront mieux les gestes qu'ils posent et seront mieux en mesure de planifier leurs actions.

Il est certain que cela exigera un effort important, car il s'agit de s'investir dans un univers scientifique afin de réaliser une transposition dans le monde des sciences humaines. Pourtant, cet effort d'appropriation et de vulgarisation est nécessaire.

Le rôle du pédagogue est de guider et d'accompagner, pour l'exercer il doit exploiter les ressources mises à sa disposition. Nous savons que l'intelligence est avant tout une capacité susceptible de se développer sous l'effet de l'interaction de la biologie et de la psychologie (ces deux termes étant pris au sens large), alors, il nous appartient de faire en sorte que cette capacité (qui se décline en au moins huit dimensions) se développe le plus possible.

lundi 26 décembre 2011

Le seuil d'incompétence

Je me souviens qu'au milieu des années '70 et au début de la décennie suivante, on parlait beaucoup du principe de Peter. Pour résumer la chose, on disait qu'au plan professionnel une personne finit par atteindre son seuil d'incompétence. La chose témoigne d'une observation quotidienne que chacune et chacun font dans leur milieu. Il y a une forme de fatalité dans cet aphorisme, comme si chaque humain est condamné à l'incompétence.

L'incompétence est toujours une question de perspective et de jugement. En effet, outre les rôles et les responsabilités propres à une fonction de travail, il y a les attentes spécifiques à un poste et ces attentes, souvent informelles, deviennent plus importantes au fur et à mesure que la personne s'élève dans la hiérarchie. Dans ce contexte, une personne devient forcément incompétente. Elle peut avoir toutes les capacités, jouer les rôles convenablement et assumer les responsabilités efficacement, il n'en demeure pas moins que les attentes déterminent la perception. Ces attentes sont celles des supérieurs, des collègues voire des subalternes.

Par ailleurs, plus la fonction devient importante, plus l'étendue des rôles et des responsabilités s'étend et accroît la possibilité de l'expression de l'incompétence. Au fil des dernières années, j'ai pu prendre connaissance du "profil" élaboré par certaines organisations pour des postes de cadres supérieurs. Les documents comptaient quatre pages ou plus issus d'un processus de consultation. Les habiletés de gestion, les qualités personnelles, le profil de formation y côtoient l'expérience et certaines attentes spécifiques. Le danger de ce profil est clair, personne ne peut y correspondre parfaitement. Généralement les comités de sélection établissent des priorités dans la liste, mais cette priorité n'est pas validée auprès des personnes consultées. Or, c'est un risque puisque ces dernières se sont aussi faites une opinion sur le profil. Le jugement viendra par la suite.

Plus une personne progresse dans une hiérarchie ou au sein d'un réseau, plus elle est connue. Ses forces et ses faiblesses s'étalent publiquement, surtout si elle prend des risques. Selon le point de vue, une force peut devenir une faiblesse. En fait, forces et faiblesses s'inscrivent sur un continuum et, selon le moment, elles s'expriment chez une personne. Les faiblesses deviennent aussi plus notables.

On parle beaucoup de "courage" en gestion. En fait, le courage du gestionnaire n'est pas tant celui de prendre des décisions que de vivre avec les conséquences de ses actes. Le courage c'est celui du quotidien, des attentes informelles, des difficultés de communication, de la fatigue cumulée, du stress, etc... Cela est vrai pour le gestionnaire, mais pour chaque personne au sein d'une organisation. La personne qui est au service à la clientèle subit tout autant ces pressions et doit exprimer tout cela dans une forme de courage. C'est dans ce courage que devrait se mesurer la compétence des gens.

Au plan des intelligences, il est ici question de l'intelligence intrapersonnelle qui fonde la motivation, les valeurs, les comportements spécifiques de la personne. Il est aussi question de l'intelligence interpersonnelle qui donne accès aux autres. L'ensemble correspond à l'intelligence émotionnelle qui vient camper les rapports humains. L'une voire plusieurs intelligences sont aussi présentes pour exprimer l'aspect spécifique du savoir qui est requis. Un vieil adage en gestion dit qu'on embauche sur les compétences et qu'on congédie sur les attitudes. L'incompétence est rarement du côté des intelligences de contenu, elle est du coté des rapports humains, ceux qui sont les plus difficiles à évaluer.

dimanche 20 novembre 2011

ET SI L'ÉCOLE SE TROMPAIT

L'école dont il sera question ici n'est pas l'établissement, le lieu de formation, mais l'institution, l'organisation sociale mise en place afin de former les personnes, de les éduquer.

Depuis quelques années, l'équipe de multintelligents.info s'intéresse à l'intelligence à partir du cadre des intelligences multiples développé par Howard Gardner au milieu des années '80. La transposition de ce modèle au monde de l'éducation a permis de constater que le système scolaire privilégiait certaines intelligences (linguistique et logico-mathémathématique), en effleurait quelques autres (kinesthésique, musicale et visuo-spatiale) et en ignorait plusieurs autres (intrapersonnel, interpersonnel, naturaliste). Ces choix témoignent d'une vision dépassée de l'intelligence humaine et correspond à une conception utilitaire de l'école. Cette dernière est là pour former non pas des citoyens (si c'était le cas toutes les dimensions seraient couvertes) mais des travailleurs ce qui explique les choix qui sont faits avec les conséquences que cela peut entraîner.

Le fait de négliger certaines intelligences génère de l'inadaptation scolaire parmi les jeunes dont la structure du cerveau ne correspond pas au modèle requis. Convenons que l'école est tournée vers la rationalité, ce qui n'est pas un mauvais choix, mais qu'elle ignore tout le volet émotif de l'être humain. Nous devons travailler en équipe, mais on ne nous l'enseigne pas, nous vivons en société sans avoir appris à décoder nos émotions, celles des autres et surtout avoir appris à cohabiter dans un univers d'émotions et de perceptions. Commet s'étonner de voir la fracture sociale entre les riches et les pauvres quant la norme de jugement est purement quantitative, celle des avoirs matériels.

Lorsqu'on s'attarde à la réussite scolaire, on constate que le facteur premier de réussite n'est pas lié à une capacité exacerbée (ex. la "bosse" des mathématiques), mais bel et bien dans une dimension personnelle (la motivation, l'engagement personnel), interpersonnelle (capacité à décoder les autres et à interagir) et naturaliste (la méthode, l'organisation). Or, ce sont là les intelligences que l'école oublie. Faut-il se surprendre? Ces intelligences n'ont pas de valeur économique et l'ignorance en ces domaines sert bien les nantis.

Le programme scolaire est le témoin d'une conception erronée, voire passéiste, de l'intelligence humaine. L'évolution de notre connaissance du cerveau et de son fonctionnement nous ouvre un horizon de travail que l'école aurait intérêt à explorer afin d'être au service de la formation de la personne. L'intelligence humaine est une capacité multiple et s'il est difficile d'imaginer que l'ensemble des aspects multiples de cette capacité puissent être développé, il est tout de même nécessaire d'alphabétiser les jeunes dans chacune des dimensions.

Changer l'école, demeure un défi, voire une utopie. L'école est fondamentalement un lieu de création et, paradoxalement, un rempart du conservatisme de notre société, ce qui la fragilise. L'école d'aujourd'hui est tellement mal définie qu'elle est devenue pour les jeunes un lieu de passage obligée au lieu d'être désirée pour ce qu'elle apporte. Un passage obligé afin d'obtenir une reconnaissance témoignant d'une certaine capacité d'adaptation à un modèle. L'école est devenue un déversoir de l'incapacité des parents à éduquer leurs enfants.

Il faut cependant convenir qu'à défaut de mieux, malgré l'institution, il n'en demeure pas moins que des jeunes réussissent à acquérir une formation équilibrée grâce à des éducateurs qui sont de véritables guides.

NOUS SOMMES TOUS IMMIGRANTS

L'adaptation des immigrants est sujet de débat dans notre société comme dans plusieurs autres. La difficulté réside souvent dans le fait que le nouvel arrivant cherche à transposer sa culture dans sa terre d'accueil ou il juge notre culture à la lumière de la sienne. Évidemment cela génère de l'insatisfaction, des récriminations, entraîne des tensions. L'intrapersonnel (les attentes et les besoins) se heurte à l'interpersonnel (la tradition, la culture).

Cette réalité est notre lot à tous et nous ne nous en rendons pas compte. Bien des "boomers" sont des immigrants dans la société numérique colonisée par la génération C. Ils ont l'attitude des immigrants, ils critiquent, jugent sans vraiment prendre le temps de s'adapter ou de comprendre. Lorsqu'une personne change de milieu professionnel elle est immigrante au sein d'une nouvelle culture. L'adaptation peut être simple si elle se fond dans la culture, mais elle peut aussi agir en immigrante. Changer de ville et de région requiert aussi une adaptation. À une moindre échelle. c'est une situation d'immigration. Quitter Québec pour la Gaspésie et vice versa c'est devoir faire le deuil d'éléments d'une culture dans laquelle la personne a baigné.

L'immigrant peut avoir deux réflexes, celui de se fondre dans la masse. Ces personnes, on ne les voit pas, elles sont là, actives. Elles apportent à la culture ambiante des éléments qui la font évoluer petit à petit. L'autre attitude c'est de revendiquer des accommodements, de se "ghettoiser", de se replier sur soi en dénigrant la culture d'accueil. Ces immigrants reçoivent beaucoup d'attention et finissent pas culpabiliser le groupe d'accueil.

Il est plus facile de juger que d'agir. Aucune culture n'est parfaite. Elle est le fruit d'une évolution que seule la connaissance historique permet de comprendre. Or, au sein de notre société notre conscience historique se perd, est récupérée, est manipulée pour faire "évoluer" notre culture. Les demies-vérités deviennent des faits et, peu à peu, la signification de certains choix est questionnée. Le Gouvernement conservateur canadien illustre bien la chose. Il veut justifier certains de ces choix, les rendent acceptables.  Son travail actuel porte sur l'histoire, la valorisation. Il magnifie certains événements et ignore les autres, il accorde de l'attention à un groupe de pression et isole les autres. Peu à peu l'adhésion se fait.

Être immigrant par choix impose une attitude, immigrer par nécessité détermine une attitude.

samedi 19 novembre 2011

VÉGÉTATION ETAGÉE

Le souvenir des détails est flou, c'était au début de mon secondaire en classe de géographie, le professeur demande aux élèves "qu'est-ce qu'on entend par végétation étagée? » Je me vois encore fier d'avoir une réponse à fournir. Je suis le seul, ou le plus rapide, à lever la main. il me pointe du doigt. "La végétation étagée c'est quand une plante pousse par dessus une autre, par exemple dans un tronc d'arbre." Je n'ai pas souvenir des mots du professeur, mais j'ai un bon souvenir du sentiment de honte que j'ai éprouvé. La végétation étagée c'est plutôt un concept qui réfère au mode de régénération d'une forêt. Ma réponse n'était pas idiote, j'avais vu très souvent des plantes prenant racine dans un tronc d'arbre mort, mais ce n'était pas la bonne réponse, celle attendue. (Notons au passage la nature du souvenir qui est ici marqué par l'émotion.)

J'avais déjà à l'époque une faible estime de moi, ça n'a pas arrangé les choses. En fait, mon parcours scolaire est marqué de ce genre de situation ou l'on me donnait à croire que j'étais au mieux un cancre sinon un idiot. 

Admis en première année à cinq ans, j'ai traîné avec moi ce boulet qu'est une année de maturité de moins que mes camarades de classe. L'école est vite devenue un lieu de supplice. Trop jeune, peu intéressé, peu appliqué, empoté, tout concourrait à faire de mon parcours scolaire une course à obstacles. Évidemment, les professeurs sanctionnaient mes comportements par des retenues, des copies, des devoirs supplémentaires voire des humiliations. Autant de choses qui m'aidaient à détester l'école.

J'ai été chanceux d'avoir des parents qui ont cru en moi. Peu fortunés, ils se sont sans doute privés de plusieurs de leurs rêves pour m'offrir une chance de réussite. Chaque soir pendant une bonne partie de mon primaire, j'allais faire mes devoirs sous la supervision d'une enseignante retraitée. Cela m'aidait à passer, mais tout juste.

Je suis passé à travers mon primaire, j'y ai appris à me conformer à l'image que l'on avait de moi. Arrivé au secondaire, les choses n'ont guère changé. J'ignorais alors que j'étais affligé d'une difficulté d'apprentissage, la dyslexie. Il faut dire qu'à l'époque c'était une réalité dont mes professeurs ignoraient tout et, s'ils l'avaient su, je me serais sans doute retrouvé sur une voie de garage du système scolaire, condamné à apprendre un métier que je n'aurais pas aimé. Je lisais beaucoup, j'aimais écrire... c'était plein de fautes, mais c'était ma passion. Même cela, on a trouvé moyen de me faire comprendre que ce n'était pas ma place, que je ne serais pas écrivain (aujourd'hui je suis heureux de leur prouver qu'ils ont eu tort). Je me souviens d'une pièce de théâtre que j'avais écrite pour une activité de pastorale scolaire. J'étais fier... c'était probablement naïf, mais combien de jeunes de 15 ou 16 ans osent se commettre? La réaction fut un rejet sur la forme, trop de fautes, ça ne vaut rien, etc... La déception que j'ai connue alors est encore vive. Je me revois sur le chemin du retour à la maison en train de déchirer les pages de mon manuscrit tout en pleurant de rage.

J'ai été ce genre d'élève qui donne raison à ses professeurs. On me croyait cancre et j'agissais comme tel. J'ai obtenu mon diplôme d'études secondaire de peine et misère. À chaque année, j'attendais le bulletin de juin avec appréhension... est-ce que j'allais passer? 

J'ai fini par être admis au cégep, puis je suis allé à l'université.  Faute d'autre chose, j'avais appris la persévérance. J'avais appris que je pouvais réussir malgré mes professeurs et leur perception. Je me percevais comme un intellectuel et je le suis devenu. 

En fait, je dirais que j'ai subi l'école. J'y ai eu quelques bons professeurs qui furent des lumières sur ma route. J'y ai eu de nombreux professeurs qui n'étaient pas à leur place, ne sachant pas accompagner un élève ayant des besoins particuliers. À leur défense, je dirais qu'à l'époque, les écoles étaient pleines et les élèves une denrée bien moins précieuse qu'aujourd'hui, on se souciait peu de la réussite. On formait, on éduquait, on forgeait le caractère.

Ce qui m'afflige le plus aujourd'hui c'est de constater que les choses n'ont pas tellement changé. Ce soir j'entendais dans un bulletin de nouvelles français que l'on songeait, afin d'accompagner l'élève dans son parcours, à établir un bilan des aptitudes scolaires, et ce dès l'âge de 5 ans. Que va-t-il se passer? Le diagnostic sera conforté par la réalité, l'enfant et le professeur agiront en conformité. C'est navrant.

Un être humain est complexe, il est différent de son voisin, il est fragile et fort à la fois. Fragile si on le décourage, fort si on l'appuie. J'entends encore dire que des profs entrent en classe en disant, candidement et sans doute pour inviter les élèves à s'engager, que leur cours sera difficile, qu'il y aura des échecs (certains vont jusqu'à avancer un chiffre), etc. Ce genre de phrase est rassurant pour les meilleurs et fatal pour les élèves qui doutent d'eux-mêmes.

En apprentissage, on néglige beaucoup l'aspect affectif. Le cognitif, le savoir, prime alors que le contexte de l'enseignement et la perception que l'élève peut avoir de sa réussite joue un rôle déterminant. Le contexte, c'est d'abord le professeur qui par son attitude peut amener l'élève a percevoir sa capacité à réussir le cours.Il y a aussi et les autres élèves. Un jeune qui n'arrive pas à trouver sa place dans un groupe est sujet à l'échec. Le rapport à la matière, lire ici la perception subjective que l'élève entretient au regard de celle-ci (avoir la bosse des maths, le français c'est pour les filles, etc...), joue aussi un rôle déterminant dans la réussite.

Aujourd'hui je constate que c'est à cause de mes parents, de la foi qu'ils ont eu en moi que je suis passé au travers. Je doute toujours de mes capacités malgré de nombreuses réussites dont je suis fier. J'ai toujours peur d'affronter de nouveaux défis par peur d'échouer, mais paradoxalement c'est cette peur qui me pousse en avant parce que j'essaie toujours de me prouver que je n'ai pas raison de craindre l'échec.

RESEAUX D'APPRENTISSAGE

Rares sont les personnes qui apprennent seules, en autodidaxie. En fait, le développement des différents savoirs se fait généralement par le biais de liens plus ou moins étroits avec d'autres personnes. Souvent par imitation et observation, d'autres fois dans un cadre plus formel, l'apprentissage est le fruit de rapports humains.

Avant l'ère numérique, le réseau dépendait de l'espace (la distance) que pouvait couvrir une personne. Les ressources disponibles au village ou à la ville représentaient les limites à l'accès au savoir d'une personne. L'évolution des moyens de transport puis des moyens de communication a facilité la dispersion du savoir et la constitution de réseaux d'apprentissage et, partant, facilité l'évolution de la connaissance. Alors que franchir l'atlantique pouvait prendre plusieurs semaines il y a trois cents ans, aujourd'hui, la même distance est couverte en sept ou huit heures. Il est possible de parler avec une autre personne se trouvant à des milliers de kilomètres sans difficulté. Cela n'est pas neutre et ouvre l'horizon de la connaissance.

Au plan du développement de l'intelligence (potentiel biopsychologique), cette perspective est importante. En effet, les facteurs d'éveil se trouvent multipliés et démultipliés.Les ressources numériques et la facilité de communication ouvrent de nouvelles avenues. Tout comme avant, la personne doit cependant faire preuve de sens critique et gérer son accès au savoir.

Les réseaux d'apprentissage autrefois limités à un cercle restreint de personnes connues, voire reconnues, sont aujourd'hui plus complexes et s'ouvrent à des inconnus qui ont autant d'importance que les personnes plus proches. On conviendra que cela peut engendrer des problématiques, car on fait confiance sans vraiment être assuré de la crédibilité du porteur d'information.

Aujourd'hui, la notion de réseau éclate et se structure. Les communautés de pratique (ex. une association professionnelle) côtoient les communautés de production (ex. Wikipédia) ou les communautés d'apprentissage initiées par des enseignants ou autres. Les réseaux facilitent l'apprentissage en le rendant plus disponible. C'est là un avantage clair. Pourtant, cette large accessibilité a aussi un effet pervers, car il devient difficile de gérer ce savoir, de l'intégrer, de le maîtriser. Il importe donc de se méfier du "surfing" et de la maîtrise superficielle que cela peut engendrer.

L'école, autrefois le principal vecteur de la transmission du savoir et principal moteur des réseaux d'apprentissage, est aujourd'hui interpellée. Elle est invitée à vivre une profonde mutation afin de préserver son rôle d'éducation. À défaut de s'adapter, d'évoluer, elle risque de se trouve dépassée. Son apport aux réseaux numériques doit s'accroître. Au lieu de nier l'impact et l'importance des réseaux sociaux, elle doit au contraire s'y inscrire et en tirer parti afin de préserver sa mission de formation de citoyens.

CREER POUR SURVIVRE

Les cinq premières années d'une entreprise sont habituellement les plus difficiles. Celles qui franchissent ce cap sont habituellement vouées à un bel avenir. Que se passe-t-il au cours de ces premières années?

En fait, ces premières années sont celles de la création et c'est pourquoi elles sont si cruciales. L'idée d'origine du projet se concrétise, elle s'élabore, se développe pour devenir un bien ou un service. Cette construction est le résultat du travail créatif de plusieurs personnes. L'une développe un marché, une seconde fait la mise au point pendant qu'une autre travaille à assurer les approvisionnements. Tous sont en création. Peu à peu, les choses se placent, la croissance est au rendez-vous (ou le contraire et l'entreprise périclitent). L'entreprise atteint sa vitesse de croisière, son marché est mature. Les possibilités de croissance sont nulles à moins que l'entreprise n'entre dans un nouveau cycle d'innovation. 

L'innovation stimule et fait en sorte que l'organisation est toujours en apprentissage, mais aussi en action. Créer c'est risquer de se tromper, d'échouer, mais c'est aussi apprendre et apprendre permet de créer. Les entreprises doivent faciliter la création. Cela n'est évidemment pas simple et c'est là que l'esprit rationnel (c'est une dépense) vient s'opposer à l'esprit créatif (c'est un investissement). Il faut bien avouer que certaines idées ne méritent pas qu'on s'y arrête et encore faut-il l'avoir examiné un peu. En effet, le génie repose souvent sur la capacité de voir les choses sous un nouvel angle. Par exemple, vaut-il la peine de s'interroger sur les boutons. Certains ont deux trous, d'autres quatre... pourquoi pas trois ou cinq voire plus? Quel serait l'avantage, le bénéfice? 

Certaines entreprises vont croître en absorbant l'innovation des autres. Cette stratégie peut être intéressante dans la mesure où l'on conserve intacte la capacité d'innover. Dans le cas contraire, la croissance sera limitée. Il n'y aura pas de véritable effet sur l'organisation qui n'apprendra pas. Elle disposera de "connaissances" qu'elle ne transformera pas en "compétences". L'investissement sera alors une dépense.